Lettres de François PIERRE (4ème R.I. puis Compagnie 5/2 et 5/4 du 1er R.G.) – Lettres de juin 1915

Lettres de François PIERRE

Soldat au 4ème R.I. puis à la Compagnie 5/2 puis 5/4 du 1er R.G.

François PIERRE avant que la guerre n’éclate

LETTRE DU LUNDI 1er JUIN 1915

Argonne, 1er régiment génie, Compagnie 5/2

Ma chère Mathurine

Je t’écris ces quelques mots pour te dire que ça va un peu mieux aujourd’hui. Il n’y a plus que la diarrhée qui me porte mais je pense bien que ça ne durera pas longtemps. Enfin j’ai travaillé tout de même malgré ma souffrance. Enfin, ma pauvre Mathurine, j’espère que tout va bien à la maison, toi ainsi que les petits enfants car pour moi, c’est bien de ma faute car en travaillant dans la mine j’ai toujours bien chaud et je reste en chemise mouillée.

Enfin, ma chère Mathurine, je crois bien qu’on va retourner dans notre régiment et dans notre compagnie car l’ouvrage des mines est bien avancé, alors nous avons bien boulonné et comme remerciement de l’ouvrage on nous rend à notre compagnie. Alors, ma chère Mathurine, si tu m’envoies quelque chose, tu feras bien d’attendre jusqu’aux nouveaux ordres parce que je ne suis pas encore sûr de tout ça car il est tellement parlé tous les jours qu’on devient abruti. Alors je te dirai encore qu’au lieu de m’envoyer un mandat de 10 ou 20 francs, envoie moi plutôt un petit billet de 5 francs en dedans une lettre, comme ça, si c’est perdu, ma foi, ce n’est pas une grande somme.

Enfin ma chère, je ne vois pas grand-chose à te dire pour le moment. je vais écrire la réponse à Julien et puis à Mathurine de Pontivy qui m’ont donné de leurs nouvelles ces jours-ci. Alors voilà mon beau-frère, Jean Blanchard qui est retourné à la maison, mais lui, c’est pardonnable car pour nourrir six enfants ce n’est pas la pauvre femme qui peut faire à elle seule. Alors il y a mon pauvre Joseph Le Deit qui a versé son sang pour les sales vaches qu’il y a en tête du gouvernement. Bande d’assassins !

Enfin, rien pour le moment. Je termine ma lettre en t’embrassant le plus profond de mon cœur. Tu embrasses bien fort mes petits enfants pour moi.

Votre mari PIERRE François qui t’aime pour la vie.

 

 

LETTRE DU VENDREDI 4 JUIN 1915

Argonne, 1er régiment génie, Compagnie 5/2

Ma chère Mathurine,

Je t’écris deux mots pour te dire que je suis rétabli et que je me porte bien à présent et je désire que tu sois de même à l’arrivée de ma lettre.

Enfin, ma chère Mathurine, je t’écris cette carte aujourd’hui mais tu sais, je l’ai risqué belle car notre mine a été sautée par les boches hier au soir. Heureusement que nous avons été relevés à 6 heures par les autres camarades. Les pauvres malheureux, ils étaient quatre dans la mine. Il y a deux qui est sauvé et les deux autres qui piochaient ont été écrasés. Alors ce soir, une fois les gaz partis, nous partons les découvrir. Tu sais que c’est bien triste de mourir.

On vit comme ça alors, ma chère Mathurine, je finis ma carte car je n’ai pas le temps aujourd’hui mais je voudrais bien avoir plus souvent de tes nouvelles car je ne reçois pas souvent. Je termine ma carte en t’embrassant toujours de tout mon cœur.

Votre marie Pierre qui t’aime pour la vie.

 

LETTRE DU DIMANCHE 6 JUIN 1915

Argonne, 1er régiment génie, Compagnie 5/2

Enfin ma chère Mathurine je m’empresse de t’écrire 2 ou 3 mots pour te dire que je suis en bonne santé et que je me porte maintenant très bien et je désire, ma chère Mathurine, que tu sois bien le même ainsi que mes chéris mignons petits enfants. Que je voudrais être avec eux à la maison pour vous voir. Un si beau temps et obligé d’y rester quand même et pour quand qu’on pourra se quitter de ces forêts et de ces sales tranchées, et pour quand qu’on pourra avoir le bonheur d’y entrer chez soi. Quel plaisir que ce sera ce jour-là de voir sa famille et ses enfants !

Enfin, ma chère Mathurine, ça viendra peut-être ce jour de paix et le jour de bonheur. Alors, pour les nouvelles du pays, tu sais bien que c’est toujours le même. Nous avons été deux jours à découvrir les pauvres camarades qui étaient restés dans notre mine. Nous les avons trouvés tout de même les malheureux, bien écrasés.

Enfin, ma pauvre Mathurine, je viens de recevoir une lettre de la maison avec toujours grand plaisir en sachant que tu es toujours en très bonne santé ainsi que mes chéris petits enfants.

Alors, ma chère Mathurine, dans cette lettre j’ai reçu un mandat de 20 francs que tu m’as envoyé le 3 juin avec plaisir car je pourrai encore boire un bon coup de vin. C’est malheureux ma Mathurine que la lettre du 16 mai a été perdue. C’est 15 francs de disparus. Enfin ça ne fait rien si j’ai le bonheur de revoir Mayenne, c’est tout ce que je demande.

Enfin, ma chère, rien pour le moment. Je finis ma lettre en t’embrassant toujours au plus profond de mon cœur et tu embrasseras bien fort mes petits enfants pour moi.

PIERRE François

 

LETTRE DU VENDREDI 11 JUIN 1915

Argonne, 1er régiment génie, Compagnie 5/2

Ma chère Mathurine,

je t’écris ces quelques mots pour te dire que je suis en bonne santé et je désire que tu sois le même à l’arrivée de ma lettre qu’elle me quitte.

Enfin, ma chère Mathurine, je t’envoie un petit souvenir de j’ai fait en m’amusant l’autre jour avec un morceau de « lumignols » (aluminium) des obus boches. Je l’ai emporté une huitaine de jours sur mon petit doigt alors je te l’envoie comme souvenir de la guerre.

Comme nouvelle de l’Argonne, c’est toujours le même. Il y a des ouvrages ces jours-ci. Il tombe de l’eau à plein temps.

Enfin, ma chère Mathurine, je ne vois pas autre chose pour le moment. Je finis ma lettre en t’embrassant de tout mon cœur ainsi que mes chéris petits mignons enfants.

Au revoir, Kenavo

Pierre

 

 

 

 

 

LETTRE DU LUNDI 14 JUIN 1915

Argonne, 1er régiment génie, Compagnie 5/2

Ma chère Mathurine,

Je t’écris quelques mots pour te dire que je suis en bonne santé et je désire que tu sois de même ainsi que mes petits-enfants. Enfin, ma chère Mathurine, je viens de recevoir des nouvelles de Pontivy, de ma cousine Marie et elle m’a dit qu’elle allait te voir avec les tantes à Mayenne ces jours-ci, alors ça te fera toujours plaisir de les voir ces chers parents.

Enfin pour moi, ma chère Mathurine, je ne fais pus de mauvaise santé. Aujourd’hui, je suis au repos et je vais m’arranger avec les camarades et je vais au pays pour chercher une barrique de vin. J’ai déjà ramassé 50 francs alors, nous serons une dizaine de camarades pour le fût de vin. Tu sais bien que cela va être la noce pour quelques jours.

Rien pour le moment. Je finis ma carte en t’embrassant de tout mon cœur.

PIERRE François

 

LETTRE DU SAMEDI 19 JUIN 1915 

Argonne, 1er régiment génie, Compagnie 5/2

 Ma chère Mathurine,

Je m’empresse de t’écrire deux ou trois mots pour te dire que je viens de recevoir deux lettres de toi aujourd’hui avec toujours un grand plaisir en sachant que tu es toujours en très bonne santé ainsi que mes chéris petits enfants. Pour moi, ma chère mathurine, je suis toujours de merveille et en bonne santé.

Enfin, ma pauvre Mathurine, je te dirai que je quitte le 1er de Génie et je retourne à mon régiment probablement ces jours-ci car le régiment a quitté le secteur mais ça ne fait rien car s’il faut mourir j’aime mieux autant mourir sur terre que dessous.

Enfin, ma chère Mathurine je ne vois plus autre chose pour le moment. je termine ma carte en t’embrassant bien fortement.

Votre mari PIERRE François qui pour la vie

 

LETTRE DU DIMANCHE 20 JUIN 1915 

Argonne, 1er régiment génie, Compagnie 5/4

Ma chère Mathurine,

Je m’empresse de t’écrire pour te dire que je suis au 1er Génie mais je suis sur une autre compagnie, la compagnie 5/4, secteur postal n°9.

Enfin je finis ma lettre car je suis pressé.

Au revoir

PIERRE François

 

LETTRE DU JEUDI 24 JUIN 1915

Argonne, 1er régiment génie, Compagnie 5/4

Ma chère Mathurine,

Je t’écris deux ou trois mots pour te dire que je suis toujours en bonne santé et je désire que tu sois le même ainsi que mes chéris mignons petits enfants, qu’elle me quitte.

Enfin, ma pauvre Mathurine, je dirai que ma nouvelle compagnie ne vaut pas l’autre car, à la compagnie 5/4 nous restons 10 jours dans les mines et les tranchées. Nous travaillons 3 heures et nous avons 6 heures de repos et nous restons 10 jours alors, une fois les 10 jours finis, nous allons au repos pour 4 jours dans le village à 10 kilomètres. Enfin, ma chère Mathurine, pour les nouvelles c’est toujours bien le même et plus ça va, plus c’est pénible.

Je termine ma carte ma chère Mathurine en t’embrassant toujours de tout mon cœur et embrasse bien mes petits pour moi.

PIERRE François

LETTRE DU SAMEDI 26 JUIN 1915

Argonne, 1er régiment génie, Compagnie 5/4

Ma chère Mathurine,

Je m’empresse de t’écrire quelques mots pour te dire que je suis en très bonne santé et je l’espère que tu sois le même ainsi que mes chéris mignons petits enfants, que je pense à eux et pour quel jour que je pourrai les revoir mes petits enfants.

Ma pauvre Mathurine pour quand que ce sera ce jour-là ?

Enfin, ça sera pour quelques jours que ça pourra se terminer cette triste guerre.

Enfin, ma pauvre Mathurine, comme nouvelle de l’Argonne, c’est toujours la même chose. Nous sommes toujours dans les mêmes tranchées et dans les mêmes sapes et on pourra bien rester 10 ans, nous serons toujours là. Nous voilà déjà deux mois dans les mêmes tranchées.

PIERRE François

 

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