Lettres de François PIERRE (4ème R.I. puis Compagnie 5/2 et 5/4 du 1er R.G.) – Lettres de mai 1915

Lettres de François PIERRE

Soldat au 4ème R.I. puis à la Compagnie 5/2 puis 5/4 du 1er R.G.

 

 

François PIERRE et son épouse Marie Mathurine BLANCHARD lors de leur mariage. Mathurine ne savait pas lire, ce son ses voisins qui se chargeait de lui lire les lettres reçues de son mari.

 

Suite des lettres envoyées par François PIERRE à son épouse Mathurine. François PIERRE a quitté le 4ème Régiment d’Infanterie et a rejoint la Compagnie 5/2 du 1er Régiment de Génie qui participe à la guerre de mines. Le voici devenu mineur et terrassier

 

Dimanche 2 mai 1915

Argonne, 1er Régiment du Génie, Compagnie 5/2, 10ème Division

Ma chère Mathurine,

Enfin je t’écris deux ou trois mots pour te dire que je suis changé de régiment car j’en avais marre du 4ième. A présent, ma pauvre Mathurine, je suis au 1er de Génie comme mineur et terrassier. Enfin, comme nouvelle, c’est toujours les mêmes, c’est toujours la guerre.

Pour moi je suis en bonne santé et j’espère que tu sois le même ainsi que mes chéris enfants.

PIERRE François

 

 

Lundi 3 mai 1915

Argonne, 1er Régiment du Génie, Compagnie 5/2, 10ème Division

Ma chère Mathurine

Je t’écris deux ou trois mots pour te dire que je suis toujours en bonne santé et je désire que tu sois de même à l’arrivée de ma carte.

Enfin, ma chère Mathurine, me voilà au Génie pour un moment et c’est la bonne vie d’être avec la (ligne ?) et puis heureux car nous sommes bien nourris et un litre de vin par jour et puis comme ouvrage nous travaillons 12 heures aux mines et nous avons 48 heures de repos et pour les 12 heures où l’on travaille nous avons 1 litre et demi de vin et 1/4 d’eau de vie et nous avons pas peur des obus ni des balles, même pas d’y aller à la fourchette alors nous avons que des mines à craindre.

PIERRE François qui t’aime pour la vie

 


Vendredi 14 mai 1915

Argonne, 1er Régiment du Génie, Compagnie 5/2

Ma chère Mathurine,

Je vais te répondre de la lettre que je viens de recevoir à l’instant avec grand plaisir de savoir que tu es toujours en bonne santé ainsi que mes chéris petits enfants, que je pense toujours à eux.

Enfin, ma pauvre Mathurine, pour moi je me porte toujours de merveille et en bonne santé.

Enfin, comme nouvelles, c’est toujours le même, c’est toujours le malheur.

Hier, le 13 mai, je travaillais dans la mine et il y avait des boches qui nous a lancé 3 litres d’eau de vie et des cigares. Il y a avait une dizaine de boches sur le haut de leur tranchée et nous on était le même. Nous avons été dessus la nôtre aussi et il y avait des soldats du 4ème de ligne qui ont trinqué avec les boches et ils ont bu de l’eau de vie ensemble. mais tout ça c’est bien mauvais car ils font ces manières-là, c’est pour voir notre tranchée et pour savoir si on est nombreux et ce n’est pas pas encore pour l’infanterie mais c’est pour nous car ils étaient en face de notre puits et de notre mine alors, ils ont bien vu notre travail et ils peuvent lancer à présent des bombes sur nous.

Alors, ma pauvre Mathurine, je ne vois plus grand chose à te dire pour le moment.

Je termine ma lettre en t’embrassant de mon cœur ainsi que chéris enfants.

Votre mari Pierre qui t’aime pour la vie

 

Mercredi 26 mai 1915

Argonne, 1er Régiment du Génie, Compagnie 5/2

Ma chère Mathurine,

Enfin je t’écris toujours quelques mots pour te donner de mes nouvelles et surtout pour te dire que je suis en très bonne santé et, ma pauvre Mathurine, je l’espère que tu sois le même ainsi que que mes chéris mignons petits enfants, que je pense de jour en jour d’être avec eux. Enfin j’espère bien que ça viendra un de ces jours tout de même, et vivement qu’on voit ce jour-là arriver car tu sais bien que j’en ai plein le dos de ce métier-là !

Alors comme nouvelles de l’Argonne, c’est toujours le même. Me voilà depuis le 1er mai au Génie et je suis toujours dans la même mine et toujours dans le même puits car nous voulons aller à 40 mètres en dessous des boches. Nous sommes pour le moment rentrés à 29 mètres. La première ligne boche est passée. Nous voulons aller dans la 2ième ligne avant de faire sauter si on peut arriver avant eux car les boches sont bien comme nous, ils travaillent bien aussi car on les entend des deux côtés de nous avec des perforeuses et nous, nous sommes avec des pioches et tu sais bien que s’ils arrivent avant nous au pont de notre 1ère tranchée, nous serions bien écrasés dans notre mine. Tu sais bien que nous sommes dans un puits de 13 mètres de profondeur en terre alors, pour se sauver, il n’y a rien à faire. Le temps de sortir de la salle et de monter le puits, nous serions asphyxiés et morts dans notre puits.

Heureusement qu’on a des appareils à écouter et, aussitôt qu’on les entend forer les mines, on se sauve tous mais, autrement, nous n’avons rien à craindre que ça, que les éboulements des mines car une fois entrés dans les salles nous sommes tranquilles pour les balles, les obus, les bombes, les grenades ainsi que toutes leurs saloperies de ferrailles qu’ils ont pour détruire les bonhommes. Enfin, dans ce métier, je travaille un peu dur mais j’ai toujours mon repos tranquille car nous sommes dans un petit village à 3 Kms en arrière de la ligne de feu.

Alors, ma pauvre Mathurine, je termine ma lettre en t’embrassant toujours de tout mon coeur ainsi que mes chéris mignons petits enfants chéris que j’aime pour la vie.

PIERRE François

 

Dimanche 30 mai 1915

Argonne, 1er régiment génie, Compagnie 5/2

Ma chère Mathurine,

Je m’empresse de te rendre la réponse de ta lettre que je viens de recevoir à l’instant avec toujours grand plaisir en sachant que tu es toujours en très bonne santé ainsi que mes chéris mignons petits enfants car pour moi, ma pauvre Mathurine, je ne suis pas du tout à mon aise depuis quelques jours car j’ai des coliques et la diarrhée et j’ai grand peur d’avoir la maladie que j’ai déjà eue lorsque j’ai eu la fièvre typhoïde.

Enfin, ma chère Mathurine, tu me demandes si j’ai reçu mon argent et mon colis. Non, ma chère Mathurine, je n’ai absolument rien reçu depuis les 40 francs que tu m’as envoyés la première fois. Alors, tu me demandes comment faire, si tu dois m’envoyer de l’argent ou bien un colis. Ma chère Mathurine, tu feras pour ton mieux car pour moi ça ne fait rien, ce sera plutôt de l’argent que des colis car avec un temps chaud comme il fait à présent tu ne pourras pas rien mettre pour faire le colis.

Enfin, ma pauvre Mathurine, je suis très content et bien heureux que tu m’as envoyé la photographie de ma petite-fille Marie-Thérèse car elle bien mignonne et bien réussie. Enfin, ça me fait toujours un grand plaisir d’avoir mes deux petits mignons enfants avec moi.

Ma chère Mathurine, je te dirai que je viens de recevoir une lettre de ma cousine Marie Jégart de Pontivy. Elle te souhaite toujours un grand bonjour. Je sais pas, je crois bien qu’elle va se marier après la guerre car elle fréquente beaucoup avec un artilleur qui est à Pontivy. Enfin, ma pauvre Mathurine, si j’ai jamais le bonheur d’y rentrer à la maison après la guerre, on pourra bien en rire.

Enfin pour les nouvelles d’Argonne, c’est toujours bien le même. Nous sommes toujours dans la même salle mais je crois bien qu’elle va sauter ces jours-ci car on entend les boches en face de nous qui travaillent bien dur alors, on va mettre deux mille kilos de poudre dans la mine et je crois bien que si ça se trouve en-dessus les lignes boches les faire valser.

Enfin, ma pauvre Mathurine, je ne vois plus autre chose à te dire pour le moment. je termine ma lettre en t’embrassant toujours le plus profond de mon cœur et tu embrasseras bien fort mes petits-enfants pour moi.

Au revoir, Kenavo

PIERRE François

 

< Lettres d’avril 1915

Suite des lettres >

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