La mine Z

La mine Z

 

LA GUERRE DE MINES EN ARGONNE DE 1915 A 1918

Le front de l’Argonne fut le théâtre d’une guerre de mines intense et prolongée. Nous ne nous occuperons ici que de celle qui se poursuivit dans la partie située à l’Est du Four de Paris.

Dès Novembre 1914, des luttes souterraines s’engagèrent dans ce secteur ; elles furent intenses en certains points, mais relativement de courte durée, car ce ne fut qu’à partir du 14 Juillet 1916 que les fronts se trouvèrent définitivement fixés sur les emplacements qu’ils occupèrent jusqu’aux dernières opérations de la guerre.

La partie orientale de l’Argonne comprend l’arête principale de ce massif boisé, crête suivie par une route forestière appelée « la Haute Chevauchée ». Les lignes, dirigées sensiblement Est-Ouest, coupaient la crête, à partir du 14 Juillet 1915, dans la région cote 285, la Fille Morte.

La guerre de mine qui se déclencha dans cette région fut la suite naturelle de celle qui s’était déroulée un peu plus au Nord (notamment à Bolante et à la cote 263), antérieurement à l’avance allemande. Elle s’étendit très rapidement sur un front de 3km 500 et ne tarda pas à prendre une grande intensité.

Au début, chaque adversaire cherche d’avancer une ligne de rameaux ci la distance voulue pour protéger ses tranchées, et, si possible, à installer des fourneaux offensifs sous la ligne adverse.

Le parti le mieux outillé pour reprendre et pousser les travaux après un camouflet a naturellement
l’avantage. Aussi les Allemands qui, au début, disposent de moyens plus puissants que nous, gagnent en profondeur et nous devancent partout; les sapeurs français, quoique moins bien outillés, ripostent vigoureusement aux attaques allemandes et conduisent la lutte avec énergie.

D’octobre 1915 à Juin 1916 on compte 223 explosions, dont 92 allemandes et 131 françaises. Dans cette période la quantité d’explosifs mise en œuvre du côté français s’est élevée à 175 000 kg, (cheddite, dynamite, poudre noire). Les Allemands en ont consommé au moins autant, leurs mines ayant été en général plus fortement chargées.

Nature des fourneaux

Nombre de fourneaux

Allemands

Français

1er octobre 1915 au 31 mars 1916 1er avril au 30 juin 1916 Total

 

1er octobre 1915 au 31 mars 1916 1er avril au 30 juin 1916 Total

 

Camouflets

21

15

36

40

41

81

Fourneaux à effets extérieurs

33

23

56

13

37

50

Totaux

54

 

38

92

53

78

131

 

La région de la côte 285 était celle où l’activité était la plus grande.

Malgré l’énergie déployée par les compagnies du génie du côté français, la progression de l’ennemi n’avait pu être que part tellement empêchée9 en raison de notre infériorité en effectifs et en moyens matériels.

Jusqu’au 30 Juin 1916, les effectifs ont été les suivants :

– Français : 5 compagnies du Génie,

– Allemands : 7 compagnies du Génie.

En ce qui concerne le matériel, l’ennemi était, dans cette première période, mieux outillé que nous : l’intensité du pétardement, le peu de temps écoulé entre les explosions et la reprise du travail (ventilation puissante), la rapidité de l’évacuation des terres, l’activité du travail pendant les périodes de pluie, prouvaient manifestement qu’il disposait de moyens d’évacuation, d’aération, et d’assèchement supérieurs aux nôtres.

Pendant longtemps, nous n’avions disposés pour les mines que d’un petit compresseur d’air de 16/20 C.V. ; ce compresseur actionnait des marteaux-piqueurs, mais devait être souvent employé à la ventilation au détriment du travail de fouille, lequel se faisait presque entièrement au moyen de pics et de foreuses à main.

Au commencement d’Avril 1916, deux groupes électrogènes furent mis en service dans le secteur de 285, et en Juin un 3me fut installé à la Fille Morte. A partir de ce moment, nos moyens (1) (personnel et matériel) furent progressivement renforcés ; l’équilibre s’établit entre les adversaires; et notre attitude, purement défensive jusqu’alors, devint plus agressive. La mine Z qui fut entreprise en Juillet, est caractéristique de ce nouvel ordre des choses.

Entre temps, les Allemands avaient reconnu l’inanité des petites opérations de surface qui, au début,
accompagnaient leurs explosions : la lutte pour la possession d’un entonnoir était coûteuse, sanglante et aléatoire. Les mines se poursuivaient donc pour elles-mêmes sans liaison avec les autres armes, sans perspective de succès marqué, pour la seule raison que les deux adversaires étaient accrochés sous terre.

Les explosions intéressant les organisations de la surface devinrent de plus en plus rares et visèrent surtout, dès lors, à achever le fossé creusé entre les lignes par les entonnoirs ; la lutte se confina peu à peu entre mineurs, dans le sous-sol.

En 1917 elle perdit de son intensité ; à la fin de cette année, l’ensemble des mines de l’Argonne ne
présentait encore quelque activité qu’en certains points de la région de la cote, 285, et à la Fille Morte (mine Z). Toute activité avait cessé en Mars 1913.

La décroissance de l’intensité de la guerre de mines est confirmée par le graphique ci-dessous montrant le nombre mensuel de camouflets français donnés en Argonne d’octobre 1916 à décembre 1917, le nombre de ces camouflets étant fonction de l’activité ennemie.

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Organisation des mines de l’Argonne – Le front était subdivisé en 4 secteurs, groupés en 2 commandements d’attaques :

Argonne Ouest :              Secteur de la Corniche

                                            Secteur de Bolante

Argonne Est :                   Secteur de la Fille Morte

                                           Secteur de la Cote 285

Les systèmes employés comportaient 2 ou 3 étages de galeries suivant les secteurs :

1°) galeries superficielles : profondeur maxima 15m .

2°) galeries semi-profondes : profondeur jusqu’à 30m.

3°) galeries profondes : profondeur 35-40m

Situation à la fin de 1917. –

  • Corniche : 20 entrées de mines superficielles et semi-profondes. En sommeil.
    Dans ce secteur, on a préparé une série de chambres prêtes à être chargées, et situées plus près des lignes allemandes que des nôtres.
  • Bolante: 45 entrées de mines superficielles et semi-profondes. En Sommeil. Même situation qu’à la Corniche.
  • Fille-Morte : 30 entrées de mines superficielles et semi-profondes. Un système profond (mine Z).

Aucune activité dans les mines superficielles et semi-profondes.

Dans le système Z la mise en sommeil n’a pas été tentée ; au contraire une certaine activité est maintenue pour attirer l’adversaire et diminuer ses moyens à la cote 285.

  • Cote 285: 10 entrées en mines dont 4 mines profondes et 6 mines semi-profondes. Seules les mines profondes sont actives, les autres ne constituant qu’un système de sûreté.

Les Allemands ont un système puissant et sont agressifs ; la situation est satisfaisante, mais sujette à alternatives.

(1) Pendant l’été de 1917 il y avait 8 compagnies du Génie exclusivement employés aux mines,

entre le Four de Paris et l’Est de la cote 285,

 

LA MINE Z

Notre attitude, du point de vue des mines, n’avait été que défensive dans le secteur de la Fille-Morte jusqu’en Juillet 1916.

A cette époque le commandement décida de préparer, sur la région O9 des organisations allemandes, une offensive locale, appuyée par une action de mines.

Projet d’attaque, – Le projet d’attaque par la mine de la région 09 fut présenté le 7 Juillet 1916 par le Général Commandant le C.A. et approuvé le 13 Juillet par le Général Commandant la IIème Armée.

Il s’agissait de détruire par la mine deux « Stutzpunkt » S et S1 et de s’emparer de la hauteur O9, d’où l’ennemi avait de bonnes vues sur nos organisations.

Le travail prévu comportait l’exécution d’une galerie rectiligne, partant du ravin des Courtes-Chausses, arrivant sous la première ligne allemande, et se bifurquant en deux branches atteignant les points visés, sous chacun desquels devait jouer un fourneau de 60 tonnes à une profondeur de 30 à 35mètres.

La protection de la galerie devait être assurée par des galeries semi-profondes K4, K8 , K9 , K10.

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Personnel prévu. – Une compagnie du Génie travaillant à 3 postes.

Matériel . – Le matériel comprenait un groupe compresseur de 40 C.V. pour perforation et abatage mécanique, 2 groupes électrogènes de 10 C.V. chacun pour l’éclairage et la ventilation.

Caractéristiques de la galerie. – Longueur 400 mètres environ. Deux entrées sur le ravin des Courtes Chausses.
Section 1m50x1m25 avec voûte ogivale pour commencer. Ensuite grande galerie, boisée dès l’arrivée dans la zone des camouflets. Garages tous les 50 métrés.

Rampe longitudinale de 2% facilitant l’évacuation des terres au moyen d’une voie de 0m40, et celle des eaux par simple rigole d’écoulement.

Machinerie installée près de l’entrée de la galerie.

Entrées à l’épreuve du bombardement, et d’ailleurs bien défilées.

EXÉCUTION DES TRAVAUX. – Les travaux furent commencés le 29 Août par la construction d’un local pour le groupe compresseur. Le rendement, par suite de relèves, fut peu satisfaisant au début. Au commencement d’octobre, la galerie n’avait que 17 mètres de longueur.

Le 8 Octobre il fut décidé de réduire la rampe à 1% pour conserver autant que possible le dessous du terrain.

L’ordre fut, en outre donné de construire une autre galerie, à forte pente, débouchant dans la tranchée de soutien, et rejoignant à mi-longueur le tracé de la galerie projetée ; elle devait permettre, après achèvement, d’attaquer cette dernière sur deux nouveaux points, soit trois en tout, et faciliter l’aération. Pratiquement, elle ne remplit jamais que ce 2ème rôle, car elle ne fut terminée qu’après que la galerie principale l’eut dépassée.

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Le 6 Novembre, la galerie principale n’avait encore que 22m30, mais la salle des machines était terminée. Le 15 Novembre, le groupe compresseur était mis en marche.

Le 31 Décembre, la galerie avait 113 mètres de longueur; les différents chiffres ci-dessus permettent de comparer l’avancement à la main avec l’avancement par moyens mécaniques. La galerie inclinée n’avait encore, à cette époque, que 16m50 ; le travail y était ralenti par la difficulté d’évacuation des terres, l’entrée étant particulièrement repérée.

A partir de ce moment, la longueur de la galerie principale devint un obstacle à la bonne aération du front de taille. Deux gros ventilateurs électriques furent installés, l’un aspirant, l’autre soufflant, et fonctionnèrent sans arrêt.

Le 16 janvier 1917, la galerie avait 168 mètres de longueur ; la galerie inclinée la rencontra, et l’aération fut dès lors grandement facilitée.

Entre temps, le mode d’occupation du secteur avait changé, et la consigne fut donnée de réduire, autant que possible, l’activité de la guerre de mines.

Il n’entrait plus dans les intentions du commandement d’associer les effets de la mine à une attaque d’infanterie. Aussi résolution de se contenter de placer un fourneau sous la première ligne allemande, de façon à bouleverser celle-ci et à permettre l’occupation sans combat de la lèvre sud de l’entonnoir.

En ce qui concerne les travaux de mines, cette opération présentait le double avantage :

1°) du point de vue défensif, de bien déblayer le terrain en détruisant les galeries ennemies ;

2°) du point de vue offensif, de nous mettre dans les meilleures conditions pour reprendre éventuellement le projet primitif.

Sans ce nettoyage préliminaire, l’exécution de celui-ci était en effet assez problématique, en face d’un mineur ennemi actif et averti.

Pratiquement, on décida de construire 3 galeries en patte d’oie : une galerie centrale aboutissant à un fourneau de 30 tonnes à 35 mètres de profondeur, protégée par 2 galeries latérales,

Le travail fut poussé avec le maximum de rapidité et le plus large emploi des moyens mécaniques et électriques. Quand les galeries latérales eurent atteint une longueur d’environ 30 mètres, on s’aperçut que le travail en tête et l’évacuation des terres devenaient très pénibles, malgré une ventilation énergique, avec la section qui avait été adoptée : 1m20 x 0m80. Les galeries furent alors portées à la section 1 m 70 x 0m80, et continuées avec ces dimensions.

Signalons, accessoirement, la construction d’une galerie transversale permettant l’accès aux mines de première ligne (région de k7). Cette transversale se branchait à la jonction de la galerie principale et de la galerie d’aération. Elle devait d’abord descendre avec une pente de 35% jusqu’à 50 mètres au-dessous du niveau du sol.

Elle était exposée aux attaques de flanc, mais sa profondeur la rendait difficilement vulnérable. Une nappe d’eau rencontrée après 45 mètres d’avancement empêcha de descendre à plus de 42 mètres au-dessous du niveau du sol.

Dans le même ordre d’idées une antenne fut détachée de la galerie de gauche du système, pour assurer une bonne protection à l’Ouest dans la zone des camouflets.

Le système de la mine Z comprenait ainsi 5 attaques où l’avancement était obtenu, soit au marteau piqueur, soit par pétardements au marteau perforateur. Ce dernier mode de travail, rapide mais bruyant, fut conservé jusqu’à la fin. L’expérience avait montré en effet la difficulté de localiser les pétardements. On s’efforçait d’ailleurs de donner le change à l’ennemi par un travail intensif dans les galeries semi-profondes des séries E et K.

Au début de mars 1917, la guerre de mines devint très active dans tout le voisinage du système Z. L’ennemi fait jouer des camouflets devant k4, k6, k7. Nous répondons par des camouflets à k6, k7, k10, k8 en mars et avril. Ce dernier camouflet, situé près de la galerie principale, détruit une galerie ennemie menaçant notre avance.

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Le 2 avril, nous faisons jouer simultanément k4 et k10 comme fourneaux ordinaires et détruisons une galerie allemande menaçant le flanc gauche de Z.

Le 3 mai, l’ennemi fait jouer devant E-16bis un gros fourneau, mais cette explosion n’a pas d’influence sur nos travaux.

Chambrage. – En présence de l’activité ennemie, il fut jugé prudent de franchir la zone des camouflets à 40 mètres au-dessous du sol ; les 3 galeries atteignirent cette profondeur par une descente à 50 %.
En outre, pour gagner du temps, au lieu de faire la chambre avec les outils mécaniques, on décida de chambrer au moyen d’explosifs, en faisant détoner une charge de 500 kilos de dynamite.

Cette charge de chambrage fut portée à la profondeur et au point voulus par un rameau remontant jusqu’à 35 mètres au-dessous du niveau du sol à la pente de 100 % avec un prolongement horizontal de 5 mètres.

On fit coïncider l’opération le chambrage avec un fort camouflet à la galerie k10, de manière à aiguiller l’ennemi dans une fausse direction ; l’opération eut lieu le 26 Avril.

Entre temps on avait commencé l’approvisionnement à pied d’œuvre de 50 tonnes de cheddite et de sacs à terre remplis pour le bourrage, garés dans la galerie principale, et dans la transversale où les travaux furent arrêtés.

Le bourrage des 500 kg de dynamite avait été constitué par 6 mètres de sacs à terre et 2 masques.

La chambre de compression, nette et régulière après le déblaiement, mesurait 40 mètres cubes.

Chargement – Les gaz de l’explosion ne constituèrent qu’une gêne légère, grâce à l’efficacité des ventilateurs. D’autre part le bourrage avait été assez faible pour ne pas résister à l’explosion, et la chambre put être atteinte sans difficulté.

Le chargement put être commencé le 1er Mai.

L’explosif contenu dans des sacs imperméables de 25 kg était chargé sur des wagonnets conduits jusqu’à la descente à 50 % et porté de là dans la chambre par des hommes faisant la chaîne. L’opération fut terminée en 10 heures.

Pendant ce temps un marteau piqueur était mis en action dans chacune des branches latérales pour donner à l’ennemi l’impression d’un travail normal. Le bourrage fut terminé le 3 mai.

La mise de feu électrique – et pyrotechnique comme dispositif de sûreté – joua le 4 mai à l’heure fixée (4h15). Grâce aux précautions prises (évacuation des tranchées dans une zone de 500 mètres de rayon,
étaiement et contreventement des galeries et tunnels du voisinage) il n’y eut de notre côté aucun dégât.

L’entonnoir avait les dimensions prévues et mordait largement sur la 1ère ligne allemande.

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Par la suite, le système Z fut développé en ramifications nombreuses où la lutte par camouflets continua pendant le reste de 1917 et le commencement de 1918 avec une diminution progressive d’intensité, pour arriver enfin à un assoupissement complet en mai 1918. Nous n’entrerons pas dans le détail de cette lutte sans intérêt.


RENSEIGNEMENTS TECHNIQUES DIVERS SUR LA MINE Z. –

A – Avancement. –

1°) Du 8 Octobre au 15 Novembre 1916.

Personnel : 24 travailleurs en 3 postes de 8 hommes. Pas de moyens mécaniques. Avancement moyens 10m35 par jour.

2°) Du 15 Novembre 1916 au 31 Janvier 1917.

Même personnel. Moyens mécaniques : 1 groupe compresseur 16/20 C.V. actionnant un marteau perforateur. Deux ventilateurs électriques.

Avancement moyen journalier : 1m67.

Dans ces 2 périodes, on s’éclairait à la bougie ou au pétrole.

3°) Du le Février au 10 Avril 1917.

Personnel : 1 Compagnie du Génie et 30 auxiliaires, soit 120 à 130 travailleurs répartis en 12 escouades:

4 escouades travaillant de 7h à 12h

3 escouades travaillant de 12h à 20h.

3 escouades travaillant de 20h à 4h

2 escouades au repos

Moyens mécaniques : 2 groupes compresseurs Ingersoll-Rand avec moteur de 35/40 C.V., marchant alternativement 10 heures par jour et actionnant 2 marteaux perforateurs et deux marteaux-piqueurs.

Travail sur 3 fronts d’attaque.

3 ventilateurs électriques de 6 ampères, 110 volts. Eclairage électrique depuis les entrées jusqu’en tête des attaques.

Avancement moyen journalier : 1m40.

4°) Du 10 au 26 Avril :

Personnel ; le mène que dans la période précédente.

Moyens mécaniques : aux deux groupes compresseurs ci-dessus, s’ajoutait le groupe compresseur de 16/20 C.V. qui avait été mis en service le 15 Novembre 1917 et avait dû subir de longues réparations. Ces 3 groupes actionnaient 3 marteaux perforateurs ou 6 marteaux-piqueurs, une pompe à air comprimé et une tuyère dans la galerie inclinée, pour activer la ventilation.

Travail sur 4 fronts d’attaque.

4 ventilateurs électriques.

Avancement moyen journalier : 1m30.

5°) Du 25 Avril au 3 Mai :

Chambrage – Chargement et bourrage.

Personnel porté par prélèvement sur les autres compagnies du Génie, à 90 hommes par poste, soit 270 hommes par 24 heures.

B – Ventilation.- Les 3 compresseurs actionnaient 5 tuyères.

5 ventilateurs électriques tournaient sans arrêt.

C – Electricité. – L’électricité était fournie par une centrale, au moyen de 2 groupes électrogènes Ballot de 50 amperes, 110 volts, marchant alternativement 12 heures par jour.

D – Opérations diverses. –

1°) Fouilles.- Les fouilles, sauf au début, ont été faites uniquement par procédés mécaniques.

On a utilisé le marteau-piqueur en tête de la galerie offensive, pendant qu’on pétardait dans les autres branches. On l’a également utilisé pour régulariser la section des rameaux (2ème forme).

La perforatrice à air comprimé a été employée au forage des pétards, lesquels étaient constitués par
des cartouches de dynamite amorcées au moyen d’amorces électriques du commerce. Généralement on effectuait un pétardement par séance de travail, ordinairement avant la relève.

2°) Evacuation des terres.- Dans les parties en forte rampe, la terre était transportée à bras au moyen de sacs à terre. Dans les parties en quasi-palier, elle était transportée au moyen de wagonnet, plateformes pour 50 à 60 sacs sur voie de 0m40. La légère pente de 1 % de la galerie principale a facilité l’évacuation des terres jusqu’au ravin des Courtes Chausses.

3°) Avancement moyen.- Rendement. On a pu parfois réaliser par 21 heures de travail (3 heures réservées aux écoutes), sans incident, un avancement maximum de 2m65 dans la transversale (section 1m80 x 1m20); de 2m70 dans la branche droite (section 1m20 x 0m80 puis 1m50 x 1m00), les deux chantiers comportant le même nombre de travailleurs.

Mais, calculé sur un temps assez long pour comprendre tous les travaux accessoires, (boisage, épuisement) et des incidents imprévus (pannes de lumière, d’air comprimé), l’avancement moyen se réduisait à :

1m90 dans la transversale,

1m40 dans la branche de droite,

résultats que l’on n’aurait pu atteindre avec les moyens ordinaires, étant donné la dureté du terrain.

Sans pétarder, avec le seul marteau-piqueur, l’avancement dans le rameau ascendant à 100 % avec une section de 100×80 normale à l’axe, n’a été que de 1m30 en moyenne malgré le doublement des équipes de piqueurs.

On peut en conclure que, pour la vitesse d’avancement les petites sections ne sont pas avantageuses.
C’est un fait que l’expérience a toujours montré et qui se manifeste surtout avec l’emploi des engins mécaniques.

Si l’on définit le rendement par le rapport de l’avancement moyen à l’avancement maximum, on voit que le rendement est :

1m90 / 2m65 = 0m70 dans la transversale,

1m40 /2m70 = 0m52 dans la branche de droite.

3°) Chambrage par camouflet. – Le camouflet de 500kg de dynamite, avec bourrage constitué par 6 mètres de terre et 2 masques, a donné une chambre de compression de 4 mètres de diamètre à demi comblée par les éboulements.

En 5 jours de ventilation et de travail, le vide utilisable a été porté à 40 mètres cubes, soit en moyenne 8 mètres cubes de déblai par jour.

Au marteau-piqueur, on n’aurait pu obtenir dans le rameau d’accès que 2 mètres cubes par jour ; en attaquant la chambre sur 2 faces, on n’aurait pu avoir plus de 4 métrés cubes.

Le chambrage par camouflet a donc permis d’aller deux fois plus vite.

Grâce à sa faible longueur, le bourrage n’avait pas résisté à l’explosion, ce qui avait permis de pénétrer rapidement dans la chambre de compression puisqu’il n’y avait pas de débourrage à effectuer.

Dans cette opération, le bourrage complet n’est donc pas à recommander. Il vaut mieux, pour obtenir le volume suffisant, augmenter la charge et bourrer faiblement. Il convient évidemment d’employer un explosif brisant (mélinite, dynamite), qui donne de bons résultats avec un faible bourrage.

Nous avons vu d’autre part, que pour dissimuler la position de ce camouflet d l’ennemi, on l’avait fait jouer en même temps qu’un autre fourneau placé dans le voisinage.

4°) Bourrage. – Le bourrage en sacs à terre a été constitué de la façon suivante :

50 mètres de sacs à terre avec 2 masques et 3 tôles formant barrage étanche,

8 mètres de vide,

9 mètres de sacs à terre avec 2 masques et 1 tôle,

7 mètres de vide,

15 mètres de sacs à terre avec 2 masques et 1 tôle.

La branche centrale était ainsi bourrée jusqu’à son origine.

Les vides ont eu l’avantage de diminuer le travail de bourrage et de former, en quelque sorte, frein pneumatique.

Les augets protecteurs des cordeaux détonants permettaient la détente progressive des gaz.

Les branches latérales furent bourrées sur une longueur de 4 mètres, de même que la transversale. Les galeries d’accès à la salle des machines furent entièrement bourrées et celle-ci solidement contreventée et étrésillonnée.

5°) Amorçage.- Il fallait réaliser une inflammation simultanée de toute la charge, pour avoir une véritable explosion, et non une déflagration progressive qui, sans certaines précautions, eût été probable avec la cheddite.

L’amorçage réalisa l’explosion simultanée de 12 points d’inflammation conjugués par deux, l’un formé d’un pétard de mélinite de 20 kg, l’autre d’une charge de dynamite de 50 kg.

On disposa 3 amorçages doubles, les charges partielles étant d’ailleurs reliées par un brin unique de cordeau détonant; le feu pouvait ainsi être transmis dans n’ importe quel sens.

Les 3 cordeaux maîtres amenés à l’origine du rameau étaient amorcés chacun par 2 pétards de dynamite, l’un mis en œuvre par une mèche lente de 6 mètres de longueur, l’autre par deux conducteurs simples.

Ces 6 conducteurs simples étaient branchés sur un câble à 2 conducteurs, lequel était déroulé dans la galerie principale ; et les conducteurs étaient reliés aux deux bornes d’un exploseur à crémaillère type Reidbros en service dans l’Armée Anglaise.

Les amorces électriques étaient du type du commerce (2 grammes de fulminante de mercure); les conducteurs étaient essayés à la pile à eau et au galvanomètre.

Le feu fut mis d’abord à la mèche lente; les opérateurs revinrent ensuite à l’entrée de la salle des machines où, à la minute fixée, le feu fut mis électriquement avec succès. L’amorçage pyrotechnique de sûreté n’eut donc pas à intervenir.

E – Caractéristiques du fourneau. – Au niveau du centre des poudres, le terrain étant très dur, g pourrait être estimé à 2,5; mais sa valeur diminue quand la profondeur diminue, les couches supérieures étant moins dures et désagrégées par les entonnoirs voisins et les chocs répétés dus aux explosions des torpilles.
(Nature du terrain 1 gaize cénomanienne. Puissance de la couche ; environ 100m). En prenant g compris entre 2 et 2,5 on a une valeur approximative très probable.

Dans ces conditions et tous les calculs faits, le fourneau avait les caractéristiques suivantes :

Ligne de moindre résistance = 35 mètres.

Charge…Cn = 50.000 kg

Rayon de l’entonnoir…. r = 26 mètres.

Rayon du cercle de friabilité…ρ = 50 mètres.

Rayon d’explosion…R = 61m25.

Profondeur de l’entonnoir p = 5m60.

Le fourneau était, comme on le voit, nettement sous-chargé.

Ses effets intérieurs vérifiés sur la branche latérale sont résumés dans le tableau ci-dessous :

Galeries

Rayon de bonne rupture horizontal

Rayon de rupture limite horizontal

Observations

Rameau allemand vide, pris en pointe

9m50

21m50

Résistance maximum

Le même pris en flanc

18m

30m

Résistance
minimum

½ galerie prise en pointe

16m

28m

Résistance maximum

La même prise en flanc

43m

60m

Résistance maximum

F – CONCLUSION. – La réussite de cette opération de longue haleine devant un ennemi actif et vigilant tient :

a) Du point de vue du personnel, au dévouement et à la volonté d’aboutir qui ont animé le personnel dirigeant et exécutant.

b) Du point de vue des moyens, à l’importance des engins mécaniques mis en œuvre, à l’emploi intensif de la perforatrice et du marteau-piqueur; à la bonne ventilation et à l’éclairage électrique qui ont facilité le travail et le séjour dans les rameaux; au procédé de chambrage, à la disposition particulière des galeries (rampe facilitant l’évacuation des terres et des eaux d’infiltrat ion), et aux fortes sections adoptées; à l’emmagasinement à pied d’œuvre, avant chargement, de la totalité de l’explosif et du bourrage.

c) Du point de vue tactique de la guerre de mines, à la possession incontestée du dessous du terrain; à la présence d’un système semi-profond qui a soutenu la lutte par camouflets et fourneaux ; à la protection de la galerie offensive par des galeries défensives avec antennes ascendantes ; à l’excellent défilement des entrées ; aux dispositions prises pour laisser l’ennemi dans l’ignorance du point exact où il devait être attaqué.

Ayant ainsi rendu un hommage mérité à l’énergie, à l’habileté et à la valeur technique des exécutants, aussi bien dans le cas de la mine Z que dans de nombreux autres, on doit reconnaître que, dans son ensemble, la guerre de mines en Argonne n’a eu aucun résultat capable de modifier d’une façon sensible la situation générale dans le secteur.

Il ne pouvait en être autrement ; la démolition d’un élément de tranchée ne saurait être un but en soi.

En dehors de manifestations extérieures intermittentes dont l’effet n’était guère supérieur à celui d’une concentration soudaine et passagère de feux d’artillerie sur un point du front, la lutte souterraine se poursuivait, dispendieuse, en marge, pour ainsi dire, du reste des opérations.

 

Source : Cours de fortifications. 3ème partie. 1ère section, Guerre de mines / Lt Colonel Lazard

Ecole militaire et d’application du génie – 1937

 

 

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