la IIIème Armée française en Argonne – 2ème période : 8 janvier au 20 juin 1915

Historique de la IIIème Armée

en Argonne

2ème période : 8 janvier au 20 juin 1915

 

Source : Historique de la IIIème Armée en Argonne, 1914-1916 – SHAT

 

La situation est peu brillante. Le 2ème C.A. est complètement usé. En butte depuis plus de trois mois aux efforts d’un ennemi manifestement mieux organisé pour la lutte de tranchée, mieux doté en engins de toute sorte et toujours victorieux, ses régiments sentent se préparer une attaque d’ensemble à laquelle ils se déclarent hors d’état de résister.

Aucune organisation sérieuse n’existe. Une tranchée de première ligne doublée parfois d’une tranchée de soutien à moins de 50 mètres en arrière, de mauvaises défenses accessoires, pas de boyaux, pas d’abris.

En Argonne orientale, la 10ème D.I. est usée.

En un mot, tout est à faire dans l’Argonne occidentale, et tout est à refaire dans l’Argonne orientale.

Il faut d’abord organiser une base solide sur laquelle on puisse tenir, avant de songer à regagner le terrain perdu.

C’est à quoi répond la création de la ligne dénommée I N qui doit comporter une tranchée continue avec de forts ouvrages et de sérieux réseaux de fils de fer.

Cependant, l’état dans lequel se trouve le 2ème C.A. nécessite une relève rapide et c’est pourquoi le projet primitif de l’Armée, consistant à ne relever ce C.A. qu’après l’organisation de la ligne I N par les troupes du 32ème C.A. ne peut être exécuté.

La 40ème D.I. relève dès le 12 janvier la 3ème D.I.

La 42ème D.I. relève la 4ème D.I. dès le 16.

Dans l’Argonne Orientale, la 10ème D.I. est relevée par la 9ème. Le 15ème C.A. étend son front jusque devant Vauquois.

A peine installées les troupes nouvelles sont en butte aux attaques de l’ennemi.

Le 17 Janvier, une attaque allemande s’empare d’un de nos saillants au N.E. de 263.

Le 19 Janvier, les 40ème et 42ème D.I. repoussent des attaques allemandes.

Le 21, une attaque sur Marie Thérèse est arrêtée net.

Le 22, le 19ème Bataillon de Chasseurs (42ème D.I.) repousse une attaque.

Le 23, à Marie Thérèse, plusieurs tentatives d’attaques sont arrêtées.

Le 24, à Marie Thérèse, 2 attaques de nuit sont repoussées.

Le 25, la 42ème D.I. repousse une attaque.

Le 27, 2 attaques sont repoussées à Marie Thérèse.

Le 29, une violente attaque de la Division Würtembergeoise se produit sur tout le front de la 40ème D.I. entre la cote 176 et Bagatelle. Malgré d’énergiques contre-attaques la 40ème Division est rejetée sur sa ligne I N, inachevée, qui devient sa première ligne. Elle a subi de grosses pertes.

Les 30, 31 Janvier, 1er, 2 Février, tentatives d’attaques sur Bagatelle.

Le 4, attaque sur Bagatelle qui nécessite de notre part une énergique contre-attaque.

Le 5, nouvelles attaques de l’ennemi.

Le 7, violentes attaques sur Bagatelle.

A partir du 8, préparation par Minenwerfer sur le Bastion de Marie Thérèse. Une attaque est repoussée le 9.

Le 10, la 42ème D.I. est violemment attaquée. Après préparation d’artillerie, jet de grosses bombes auxquelles l’Infanterie ne peut répondre, et explosion de mines, l’ennemi se précipite sur les deux faces du saillant de Marie Thérèse. Malgré nos contre-attaques l’ennemi nous refoule. Une deuxième attaque de l’ennemi faite l’après-midi n’a aucun succès. Une vigoureuse contre-attaque faite par nous en fin de journée nous rend une centaine de mètres de tranchées.

La 42ème D.I. se trouve rejetée sur sa ligne I N inachevée. Il n’a aucune organisation derrière elle. L’ennemi a montré une supériorité indéniable en moyens matériels.

La lutte commence mal pour la IIIème Armée. Elle hérite d’une succession difficile (pas d’organisation fortifiée). En face, un ennemi mordant, enhardi par des succès continuels, dirigé par une volonté énergique et méthodique, composé des meilleures troupes de l’Empire (XVIème C.A.), renforcées par de nombreux bataillons de pionniers de la Place de Metz, doté de tous les engins matériels de la guerre de tranchées, grenades, minenwerfer, et de tout le matériel indispensable, soutenu par une artillerie puissante, à tir courbe, rapide et précis.

Nous lui opposons des troupes excellentes, animées d’un grand esprit offensif, où les éléments hardis, pleins d’initiative abondent, où tout le monde, Officiers et hommes, considèrent comme un déshonneur de perdre le plus petit élément.

Au service de ces troupes:

– Une artillerie à tir tendu, dont les barrages sont inefficaces, car il faut que les obus passent au dessus des arbres sous peine d’éclatements prématurés, et alors les barrages sont trop éloignés, et parce que les obus ne peuvent atteindre les pentes abruptes des ravins d’Argonne, une artillerie dont les obus sont rationnés

– Des troupes du Génie d’une science et d’un dévouement à toute épreuve, mais incomparablement moins nombreuses que celles de l’ennemi.

– Un matériel totalement insuffisant

Au début de cette période nos troupes s’opposent énergiquement aux tentatives de l’ennemi ; fortement handicapées par l’infériorité en troupes techniques et en moyens matériels appropriés elles contiennent avec peine, grâce à leurs efforts véritablement héroïques et au prix de grosses pertes, les attaques de l’ennemi. Toute leur activité est absorbée par de durs combats, toute leur attention porte sur le maintien de l’intégrité de leur première ligne qu’on ne leur permet pas de laisser entamer. Les troupes s’usent rapidement dans cette lutte, et, pendant qu’elles se battent aucune organisation méthodique et puissante ne s’élève derrière elles.

Tous les efforts de l’Armée tendent à doter ces troupes du matériel qui leur manque. Il faudrait du canon court à tir rapide: on ne peut en obtenir qu’en quantité dérisoire. Peu à peu cependant les mortiers de tranchée apparaissent. L’Armée monte une fabrication de pétards dont le rendement augmente de jour en jour. Le matériel de toute sorte arrive en quantité de plus en plus grande. Les munitions de 75 deviennent abondantes. Vers la fin du mois de mai, il semble que l’équilibre s’établisse, l’agressivité de l’ennemi diminue ; il est tenu en respect.

Une étude détaillée des opérations devrait, pour donner une physionomie exacte de la lutte, être faite jour par jour ; il n’y a en effet pas de jour qui n’ait vu une action grosse ou petite. Pour une étude d’ensemble comme celle-ci, il n’est possible que de résumer brièvement les opérations dans chacun des deux théâtres de la lutte: Argonne Orientale (5ème C.A.), Argonne Occidentale (32ème C.A.).

Au 5ème C.A., les Allemands ont réussi le 7 février à nous éloigner de la route Varennes au Four de Paris qui leur est indispensable. Ils attaquent violemment le 16 sur tout le front allant de 263 aux Meurissons pour élargir ce succès: ils n’obtiennent que des résultats insignifiants.

Il semble qu’à partir de ce moment ils se soient, pour un temps, contentés de ces résultats.

De notre côté l’avance des Allemands sur la Haute Chevauchée et à 263 menace notre installation sur 263, important observatoire sur la vallée de l’Aire et nos positions de la région de Vauquois. Nous faisons à plusieurs reprises des efforts pour améliorer nos positions sur la Haute-Chevauchée et abords.

Le 17 février, une attaque sur 263 en liaison avec une attaque sur le front Boureuilles-Vauquois ne nous donne que des résultats insignifiants.

Le 9 Mars, les Coloniaux s’emparent des tranchées du Faux Ravin des Courtes Chausses, mais ne peuvent s’y maintenir.

Le 14 Mars, une nouvelle attaque sur 263 échoue.

Une attaque de la Brigade Marchand nous rend maîtres des tranchées allemandes du fer à Cheval ; les jours suivants, nous maintenons et même élargissons nos conquêtes malgré de vives contre-attaques ennemies. En revanche une nouvelle attaque faite le 18 sur 263 échoue.

En Avril, l’Armée est invitée à faire des attaques sur son front pendant les opérations qui se déroulent en Woevre et au S.E. de Verdun.

Les 4, 5 et 6 avril, le 5ème C.A. exécute sur 263 des attaques qui ne donnent aucun résultat appréciable.

Ces opérations marquent le commencement d’une ère de calme relatif qui dure jusqu’à fin Juin ; le calme n’est troublé que par de petites opérations: attaques allemandes repoussées aux Meurissons le 15 Avril, coup de main allemand qui échoue le 18 sur un petit poste au fer à Cheval.

La lutte a un tout autre aspect sur le front du 32ème C.A. L’ennemi attaque sans répit. Quand il n’attaque pas, il travaille ; nos troupes se sentent constamment sous la menace de l’attaque. Elles sont amenées pour troubler les projets et les travaux des ennemis à une série d’attaques partielles qui réussissent souvent ; mais généralement il nous est impossible de maintenir nos gains.

Les objectifs de l’ennemi sont principalement, le saillant de Marie Thérèse, Blanloeil et surtout le saillant de Bagatelle. Presque pas de journée sans qu’il n’y ait un combat. Il est nécessaire d’en faire l’énumération chronologique ; elle est plus éloquente que tout commentaire.

11 Février: attaque allemande sur le saillant de Marie Thérèse, échoue avec de fortes pertes.

12 Février: tentatives infructueuses sur Bagatelle

15 Février: nous engageons un vif combat à Blanloeil. Notre Infanterie y conquiert de haute lutte la première tranchée allemande et y résiste toute la journée aux contre-attaques de l’ennemi. Mais, écrasée par les bombes, elle doit abandonner la nuit la tranchée bouleversée.

18 Février: nous renouvelons sans succès notre attaque sur Blanloeil.

19 Février: nous exécutons un coup de main heureux sur un blockhaus ennemi sur le versant ouest de la Fontaine aux Charmes.

Nuit du 21 au 22, le 24, le 25 février: des attaques successives de l’ennemi sur le saillant de Marie Thérèse échouent.

28 Février: nous échouons dans une tentative contre les tranchées ennemies en face de Marie Thérèse.

1er Mars: vive attaque ennemie à Blanloeil. Il s’empare de notre première ligne. Nos contre-attaques nous la rendent.

4 mars: l’ennemi pénètre à la grenade dans un élément de tranchée à Bagatelle. Il s’y installe malgré nos contre-attaques.

5 et 6 Mars: nos contre-attaques échouent.

Le 7, nous réussissons à chasser l’ennemi.

Le 8, il essaie sans succès de reprendre la tranchée.

Le 9, il essaie de nouveau et réussit.

Les 10, 11 et 12, nos contre-attaques échouent.

Le 13, une attaque allemande sur Blanloeil échoue.

Le 19, nous reprenons l’élément de tranchée perdu à Bagatelle. Nous ne pouvons nous y maintenir.

21 Mars: Nous reprenons l’élément de tranchée et nous nous y maintenons. Une vive attaque allemande est repoussée à Blanloeil.

22 Mars: nous arrêtons une attaque allemande à Bagatelle.

23 Mars: l’ennemi reprend l’élément de tranchée de Bagatelle. Nous contre-attaquons sans succès.

24, 25, 26, 27, 28 Mars: on se bat pour la possession de l’élément de tranchée, qui reste aux allemands.

Le 30, nous nous emparons de 50 mètres de tranchée allemande dans le ravin Creux. L’ennemi contre-attaque le 30 et ke 1er Avril sans succès.

3 Avril: la lutte reprend à Bagatelle pour la tranchée contestée.

La 4, en même temps que le 5ème CA.A attaque sur 263, la 40ème D.I. s’empare de la tranchée des bouleaux (N.O de l’ouvrage de Labordère)

5 Avril: les allemands reprennent les Bouleaux après 2 attaques. Nous échouons à Bagatelle dans une attaque sur la tranchée contestée.

6 Avril: à Bagatelle, 4 attaques françaises échouent. Nous reprenons les Bouleaux ; l’ennemi contre-attaque et échoue.

9 Avril: nous prenons un poste allemand à l’Est des Bouleux sans pouvoir nous y maintenir.

10 Avril: nous prenons 250 mètres de tranchées allemandes sur la croupe de Fontaine Madame. Une contre-attaque allemande échoue.

11 Avril: une attaque allemande sur les Bouleaux échoue.

17 Avril: deux attaques sur les Bouleaux sont arrêtées.

21 Avril: deux attaques allemandes sur Bagatelle sont repoussées.

24 Avril: nous nous emparons dans le Ravin Sec (le Parallellogramme) de la première ligne allemande sur un front de 250 mètres ; nous repoussons deux attaques allemandes, mais devant le bouleversement des tranchées nous regagnons nos tranchées de départ.

25 Avril: Une tentative d’attaque allemande sur Bagatelle échoue

29 Avril: Vive attaque allemande et vive contre-attaque à Bagatelle. Aucun résultat de part et d’autre.

30 Avril: une attaque française à Bagatelle et une attaque allemande au saillant de Marie Thérèse échouent.

Le 1er mai: une très violente attaque allemande s’empare de notre première ligne au saillant de bagatelle. De vives contre-attaques ne nous permettent pas d’arracher son succès à l’ennemi. Il a subi des pertes importantes.

3 Mai: nous reprenons une partie du terrain perdu à Bagatelle.

Le 5 Mai: la nécessité de relever les troupes de Bagatelle amène un remaniement des secteurs. La 42ème D.I. prend le secteur de Bagatelle où elle met ses bataillons de Chasseurs (8ème et 16ème).

Le 6 Mai, une violente attaque allemande sur les faces N. et N.E. du saillant de Bagatelle échoue avec de grosses pertes.

8 Mai: de très violentes attaques allemandes avec usage de bombes asphyxiantes et de liquide enflammé sont repoussées avec de grosses pertes.

Le 9 Mai, une violente attaque sur la face N. de Bagatelle est repoussée.

Le 11 Mai, une violente attaque avec l’aide liquides enflammés menée sur tout le front de Bagatelle est repoussée.

12 Mai: une attaque par surprise sur Bagatelle est repoussée. Une deuxième attaque faite le même jour a le même sort.

20 Mai: Après une longue préparation où interviennent des minen de gros calibre une attaque sur tout le front de Bagatelle est repoussée.

C’est la dernière attaque sur Bagatelle dans cette période.

Dans les journées qui suivent, nos tranchées sont perpétuellement et méthodiquement battues par l’artillerie et les Minenwerfer.

Le 28 Mai, nous prenons à la Sapinière quelques éléments de tranchées ennemies.

Le 8 juin, l’enlèvement des deux Brigades Coloniales amène un remaniement des secteurs. La rive droite de l’Aisne jusqu’à la route de Binarville est donnée au 15ème C.A. (126ème D.I.) .

Le 17 juin, les allemands attaquent par surprise nos tranchées du Bonnet d’Evêque (S.E. de Bagatelle) ; nos contre-attaques nous en rendent la plus grande partie.
C’est la seule attaque faite par l’infanterie allemande depuis le 20 Mai.

Ainsi, de Février à juin, la lutte a été vive ; il semble que grâce à l’héroïsme dépensé de notre côté et à l’effort fait pour munir nos régiments de tous les engins nécessaires nous soyons enfin parvenus à maîtriser l’ennemi: du 20 Mai au 19 Juin il ne fait qu’un coup de main sur nos tranchées au Bonnet d’Evêque.

Mais les régiments du 32ème C.A. se sont forcément usés dans cette lutte ; les pertes continuelles amènent un remaniement constant des unités. Les meilleurs éléments disparaissent dans ces combats journaliers, très meurtriers ; ceux qui les remplacent ne les valent pas toujours.

 

1ère période : Septembre 1914 au 8 janvier 1915 >

2ème période : 8 janvier au 20 juin 1915

3ème période : 20 juin au 8 septembre 1915 >

4ème période : 8 septembre 1915 au printemps 1916 >

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