LETTRES DE SOEUR GABRIELLE : Lettre du 1er Octobre 1916 à la Supérieure Générale

Lettres de Soeur Gabrielle

 

 

Lettre de la Sœur ROSNET à la Mère MAURICE,

Supérieure générale.

 

Le 1er octobre 1916

 

Nous avons un moment de détente, la rive gauche de la Meuse donnant bien moins. J’ai en ces jours-ci un instant, la frousse. Pourtant, je dois vous dire que cette bonne femme et moi ne sympathisons pas du tout. Une fois n’est pas coutume, j’ai donc eu la frousse. Pourquoi ? Ma jambe gauche enflée, lourde, brûlante m’a forcée au repos, et comme une nuit et une journée au lit n’avaient apporté aucun changement, mes bonnes compagnes ont insisté pour faire venir le médecin-chef ; j’avais de l’inflammation au gros orteil. Il a incisé, ordonne le repos complet. Le soir, pas de mieux, il craint une phlébite. Quelle perspective!… Les chers blessés, à qui nos sœurs en parlent, offrent : qui, ses souffrances, qui, sa nuit sans sommeil pour que ce ne soit rien, si bien que mes chers petits poilus ont obtenu que la phlébite redoutée se transformât en une simple lymphangite profonde qui a presque complètement disparu à cette heure.

Hier, permission de me lever deux heures ; ce soir, quatre heures. Tout rentre dans l’ordre. Deo Gratias ! Plus d’enflure, plus de lourdeur, etc. Soyez donc sans inquiétude à mon sujet, ma Très Honorée Mère.

Mes bonnes compagnes, admirables de bonté, de bon esprit et de ferveur, se dévouent sans compter au chevet de nos martyrs. Nous nous aimons bien, sommes très gaies à nos petites heures de vie de famille, malgré l’exil et la fatigue.

Voilà que l’ennemi s’amuse depuis deux jours à tirer à 3 kilomètres d’ici. Nous sommes tellement habituées au canon que nous sommes aussi tranquilles à Froidos que les opulents bourgeois d’Orléans ou de Tarascon. Affaire de tempérament et d’habitude, diraient nos petits. C’est vrai.

Avant de vous quitter, je me mets à vos genoux, ma Très Honorée Mère, pour recevoir de vous l’accolade de chevalier. J’ai l’honneur d’être en Jésus et Marie Immaculée, ma Très Honorée Mère.

 Votre respectueuse et obéissante fille.

 

Sœur ROSNET.

Source : Annales de la Congrégation de la Mission – Volume 82 – 1917

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