LETTRES DE SOEUR GABRIELLE : Lettre du 28 décembre 1915 à la Supérieure Générale

Lettres de Soeur Gabrielle

 

 

 

Lettre de la Sœur ROSNET à la Mère MAURICE,

Supérieure générale.

 

Clermont-en-Argonne, le 28 décembre 1915.

 

Ma très Honorée Mère,

 

La grâce de Notre-Seigneur soit avec nous pour jamais!

 

Nous avons eu de belles fêtes de Noël ; les Allemands qui avaient carillonné les premières vêpres par des salves un peu trop nourries de leur artillerie lourde ont eu la bonne idée de se taire la nuit du 24 au 25, si bien que nos prêtres-brancardiers ont pu dire leurs trois messes dans les tranchées de première ligne. Je viens d’avoir la visite de l’un d’eux, un Père jésuite, endiablé, comme disent ses camarades, pour louer sa crânerie qui n’a peur de rien. II me dit qu’il a célébré sa première messe a 3o mètres de l’ennemi. Officiers et soldats ont communié et, sans souci du danger, ont chanté à pleins poumons le « Minuit, chrétiens », « Il est né le divin Enfant », « Anges dans nos campagnes ».

Voila une messe de Noël à laquelle j’aurais bien voulu assister, ma Très Honorée Mère. Entre les couplets, les Français entendaient les ennemis chanter leurs noëls allemands.

Ici, un seul regret,  la chapelle était trop petite. Comme je vous l’ai dit, j’ai invité nos prêtres de toutes les formations sanitaires en résidence ou au repos à Clermont à  déjeuner à l’hôpital.

Tous ceux qui étaient libres ont répondu à l’appel, vingt-deux. Le repas leur a paru bon, ils sont si peu gâtés depuis dix-huit mois, mais ce qui leur a paru meilleur encore, c’est l’accueil, l’intention et le bonheur de se trouver ensemble.

Ils m’ont demandé une faveur que je leur ai accordée sans hésiter, pensant aller au-devant de vos intentions. Pour s’enlever quelques heures par jour du milieu déprimant dans lequel ils sont obligés de vivre par le fait même du cantonnement, ils désiraient un petit local, grenier ou cave, où ils pourraient se réunir, causer, écrire, lire, en un mot vivre ensemble, s’élever au-dessus du terre à terre dans lequel ils pataugent depuis dix-huit mois, se donner de temps en temps une conférence, etc.

M’inspirant de la pensée de notre bienheureux Père saint Vincent si empressé à venir au secours de la détresse morale du clergé, ce n’est ni le grenier ni la cave que j’ai offerts à nos prêtres, mais bien notre salle de communauté. Elle a servi dix mois à notre état-major français, elle servira le temps que le bon Dieu voudra à notre état-major « sacerdotal ». Dès le premier soir où nous l’avions mise à leur disposition, ils se sont réunis et… avec quel bonheur !

 

Sœur ROSNET

 

Source : Annales de la Congrégation de la Mission – Volume 81 – 1916

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