LES COMBATS : 5ème C.A. – Rapport du Général HALLOUIN sur les combats des 13 et 14 juillet 1915

 Compte rendu des combats

des 13 et 14 juillet 1915

 

5ème Corps d’Armée                                                                                                                           Au Q.G. le 19 Juillet 1915
————————
Etat-major
————————
3ème Bureau
N° 2593/3

COMPTE RENDU DES COMBATS

DES 13 ET 14 JUILLET

 ————————

  

SITUATION LE 13 JUILLET AU MATIN

 

Positions occupées par le 5eme Corps :

Depuis plusieurs mois, le 5ème Corps occupe, sur les deux rives de l’Aire, un secteur compris entre la Biesme et la Buanthe, dont le front s’étend du Four de Paris (exclus) à Vauquois (inclus).

En Argonne, où ont lieu les combats des 13 et 14 Juillet, l’organisation comportait deux positions successives.

La 1ère position était constituée par des tranchées successives échelonnées généralement sur une trop faible profondeur (100 à 150 mètres) et donc les plus avancées couraient à une distance des tranchées ennemies variant de 20 à 100 mètres environ. Adossée à gauche au vallon des Courtes Chausses très encaissé, elle développait plus à l’Est deux saillants dangereux vers l’ennemi : l’un à cheval sur le front des Meurissons, l’autre vis-à-vis de l’éperon 263. En arrière de ces deux saillants, on avait eu soin d’accroître la force de résistance en organisant des réduits.

La ligne des tranchées était doublée en arrière, à quelques centaines de mètres, par une ligne de soutien comprenant de petits ouvrages de compagnies, séparés les unes des autres, protégés par des défenses accessoires et dont quelques-uns comportaient eux-mêmes des réduits. Ces ouvrages avaient une garnison spéciale.

Répartition des troupes du 5ème Corps :

 Le secteur du 5ème Corps est réparti en trois secteurs de Division :

A droite, la 10ème Division, avec une brigade (et 1 régiment à 2 bataillons de la 9ème Division), tient la rive droite de l’Aire.

L’autre brigade de cette Division constitue une réserve de Groupe d’Armée.

Au centre, la 9ème Division est installée à cheval sur la Haute Chevauchée, sa droite à l’Aire.

La 125ème Division occupe la gauche du secteur du Corps d’Armée jusqu’à la Biesme.

Sur le front attaqué, la 9ème Division avait, le 13 au matin, 2 régiments en 1ère ligne (tranchées et position de soutien), à savoir : le 4ème régiment sur la croupe 263 et le 113ème en avant de la hauteur 285.

Le 66ème bataillon de Chasseurs et le 82ème régiment d’Infanterie étaient en réserve, partie dans les baraquements de l’Argonne, partie à Clermont.

A gauche de la 9ème Division, la 125ème Division occupait avec 1 régiment (le 91ème) le saillant des Meurissons ; le 76ème tenait la ligne des Courtes Chausses.

Le 72ème et le 131ème restaient en réserve échelonnés dans la vallée de la Biesme.

L’Artillerie de 75 et l’Artillerie lourde, en batterie sur les hauteurs 285 et sur celles de la rive gauche de la Biesme, avaient réglé leurs tirs sur les tranchées allemandes et étaient en mesure de tendre des barrages.

L’Artillerie de la 10ème Division, depuis le Mont des Allieux, pouvait prendre d’écharpe le dispositif allemand (région de 263)

 

Répartition des troupes du 5ème Corps les 13 et 14 juillet 1915

COMBATS DU 13 JUILLET

Préliminaires de l’action

 

Conditions générales dans lesquelles s’est produite l’offensive allemande :

En exécution des ordres de l’Armée, le 5ème Corps devait prononcer une attaque en Argonne, à cheval sur la Haute Chevauchée. Ordonnée pour le 12 Juillet, cette attaque avait été remise au 14 Juillet. Depuis les premiers jours de Juillet, les préparatifs avaient été activement poussés et un matériel important avait été réuni dans les tranchées (notamment 15 canons de 58).

Ces préparatifs éveillèrent probablement l’attention des Allemands qui résolurent de nous devancer. Le 13 Juillet, vers 4 heures, une puissante artillerie ennemie ouvrit, sur tout le front compris entre la hauteur 263 et le ravin des Courtes Chausses un violent bombardement précurseur de l’assaut.

Un peu plus tard, on apprit par un déserteur que l’offensive allemande devait se produire vers 10h30 ou 11h00 entre le Four de Paris et Vauquois et, par conséquent, sur tout le front du 5ème Corps d’Armée. On pouvait donc craindre qu’après une première attaque en Argonne, l’ennemi n’étendit son action sur la rive droite de l’Aire. Divers indices, et notamment des réglages de tir, pouvaient faire croire à la réalisation de cette éventualité.

En fait, rien ne se produisit les 13 et 14 sur le front de la 10ème Division. Par contre, une première attaque allemande, destinée sans doute à préparer et faciliter l’attaque principale, se ruait à 8h00 sur le front de la 9ème Division, contre le saillant 263.

A 10h30, heure indiquée par le déserteur, une deuxième attaque, plus violente encore et plus particulièrement précédée par le jet de liquides enflammés, perçait le front de la 125ème Division, vers le saillant des Meurissons, au point de jonction entre les 2 Divisions.

Premières dispositions prises au 5ème Corps :

Les premiers ordres, donnés par téléphone, furent confirmés par un ordre d’opérations, parti à 7h45 (pièce n°1). D’une manière générale, ils avaient pour objet de faire serrer immédiatement les réserves de Division (4 bataillons à la 9ème Division – 5 bataillons sur 6 à la 125ème ), et de les tenir prêtes à riposter par de vigoureux retours offensifs, déclanchés du tac au tac.

L’Artillerie avait tendu des barrages et répondait de suite à l’Artillerie ennemie.

D’autre part, le Commandant de l’Armée avait remis à la disposition du 5ème Corps la Brigade maintenue en réserve de Groupe d’Armée.

Le 89ème, transporté par convoi automobile jusqu’au Claon, eut l’ordre de continuer par bataillons successifs sur la Croix de Pierre et de s’y établir à la disposition du Général Commandant le Corps d’Armée. On pouvait espérer que le premier bataillon serait à pied d’œuvre vers midi.

Le 46ème (2 bataillons) fut maintenu alerté à Parois – Vraincourt, en attendant que la situation fut éclaircie du côté de la 10ème Division.

 

Combats dans le secteur de la 9ème Division

 

Dès 6h00, les Allemands, pour gêner les mouvements des renforts, tendaient, à hauteur de la Pierre Croisée et de la Maison Forestière, à cheval sur la Haute Chevauchée, deux barrages d’obus asphyxiants.

Ce tir s’effectuait par salves de 4 coups échelonnées de 30 en 30 secondes, les rafales durant une demi-heure et étant suivies de périodes de ralentissement plus ou moins longues.

Peu à peu, par un temps très calme qui favorisait la stagnation des gaz, un nuage blanchâtre, à odeur d’amandes amères, piquant les yeux et produisant une sensation de suffocation, s’élevait au-dessus du sol et s’accumulait dans les fonds, les tranchées et les abris.

Les hommes de renfort, munis de masques, purent franchir les barrages sans être trop incommodés ; mais la situation des éléments mobilisés dans la zone battue devint vite intenable.

C’est ainsi que l’Etat-major de la 9ème Division dut quitter son abri de Pierre Croisée et que les servants des deux batteries lourdes de la Maison Forestière, en furent réduits, à plusieurs reprises, à abandonner leurs pièces pendant un certain temps.

Le bombardement systématique des tranchées de 1ère ligne et de soutien par des obus de gros calibre et les projectiles de minenwerfer se poursuivait parallèlement à l’établissement des barrages de gaz asphyxiants. Il semble aussi que les Allemands aient utilisés, pour lancer ces gaz, des bombes de grande capacité ou d’appareils d’émission masqués sous casemates à créneaux bas.

Quoi qu’il en soit, lorsque vers 8h00, l’attaque d’Infanterie se produisit sur la cote 263, les tranchées étaient en grande partie détruites, certaines fractions du 4ème cédèrent sous le choc et l’ennemi s’infiltra dans nos lignes en plusieurs points. Le Général de Division dut aussitôt faire appel à ses réserves. Une contre-attaque d’un bataillon du 82ème réussit momentanément à enrayer la progression de l’ennemi.

Mais à 10h30, une nouvelle attaque allemande, ayant pour objectif la hauteur 285, perçait les lignes du 4ème, refoulait le 113ème et pénétrait jusqu’à la hauteur 285.

Les deux derniers bataillons du 82ème furent jetés en avant entre les hauteurs 263 et 285 pour enrayer le mouvement de l’adversaire.

Mais, un peu plus tard, on apprit que la droite de la 125ème Division cédait, que le 91ème régiment était écrasé, que le 113ème reculait ; déjà l’ennemi s’approchait de Pierre Croisée. Le Général Commandant la 9ème Division n’hésita pas, alors, à engager son dernier bataillon, le 66ème bataillon de Chasseurs, et lui ordonna un peu après midi, de reprendre à tout prix la hauteur 285, appuyé par les réserves partielles des troupes engagées.

La contre-attaque se produisit entre 13 et 14h00.

Dès midi, les dispositions avaient été prises pour faire serrer mes réserves du Corps d’Armée.

Le 89ème reçu par téléphone l’ordre de pousser ses deux bataillons de tête, au fur et à mesure de leur arrivée, jusqu’à la Maison Forestière et de les tenir à la disposition du Général Commandant la 9ème Division, pour le cas où l’intervention deviendrait nécessaire.

Le 3ème bataillon devait rester à la Croix de Pierre à la disposition du Général Commandant le Corps d’Armée.

D’autre part, du côté de la 10ème Division, le bombardement restait modéré ; aucune attaque n’y apparaissait imminente. Le 46ème régiment d’Infanterie reçut en conséquence l’ordre de se mettre en marche sur la Croix de Pierre.

A 13 heures, toutes les dispositions étaient en voir d’exécution.

A 1’h30, on apprit que les Chasseurs à pied, au prix de pertes élevées (30% de leur effectif) avaient réussi à prendre pied sur la croupe 285.

Mais, dès 14h00, le Commandant du 5ème Corps avait pris la décision de faire donner toute la fraction de la réserve de Corps d’Armée arrivée à la Maison Forestière (2 bataillons du 89ème) pour rétablir la situation sur la Haute Chevauchée et la croupe de la Fille Morte.

Cet ordre lancé, toutes les dispositions furent prises pour le transport du poste de commandement à la Croix de Pierre où allaient se grouper les dernières réserves de Corps d’Armée (1 bataillon du 89ème et 46ème régiment d’Infanterie).

Avant que l’ordre de 14h00 fut exécuté, la situation, bien que redevenue meilleure, restait cependant difficile.

Les éléments de la 125ème Division, à gauche des Chasseurs, résistait en effet avec peine à la pression de l’ennemi. Pour assurer définitivement notre ligne de ce côté, le bataillon de tête du 89ème fut, à 15h00, lancé à l’attaque, à la gauche des Chasseurs, et son intervention, des plus opportunes, nous permettait d’assurer définitivement l’intégrité du front à l’Ouest de la Haute Chevauchée.

Un peu après 16h00, le Général Commandant le 5ème Corps se transportait au poste de Commandement du Général Commandant la 9ème Division à la Maison Forestière pour envisager, de concert avec ce dernier, l’emploi des réserves encore disponibles.

La situation était la suivante : du côté de la 125ème Division, la ligne tenait ferme ; plus à l’Est, les Chasseurs occupaient la hauteur 285 ; le 4ème régiment se maintenait dans le réduit du saillant 263 ; le 82ème s’accrochait aux pentes abruptes entre ces deux points ; mais la situation restait mal assurée et, à chaque instant, la ligne était exposée à céder.

Le Général Commandant le 5ème Corps donna, en conséquence, l’ordre au Général Commandant la 9ème Division de prononcer une attaque pour dégager le front du 82ème et mit à cet effet les 2 bataillons restants du 89ème à la disposition de cette Division. L’Artillerie lourde prépara l’entrée en action du 89ème en effectuant un tir de barrage contre les anciennes tranchées françaises et, plus en arrière, vers le Nord. L’Artillerie divisionnaire fut chargée d’appuyer plus immédiatement l’attaque.

La contre-attaque se produisit vers 18h00. Prise à partie par l’Artillerie et surtout par les mitrailleuses ennemies, elle n’aboutit à aucun résultat décisif.

En fin de journée, on n’avait pas réussi, malgré tous les efforts, à reprendre la ligne de tranchées reliant 285 au réduit 263. Mais la liaison était rétablie un peu en arrière. A l’Ouest de la Haute Chevauchée, la ligne formée sur la crête de la Fille Morte se reliait à la droite de la 125ème Division.

Les 2 bataillons du 46ème, obligés de prendre dans la vallée de l’Aire des cheminements défilés pour échapper au tir de l’Artillerie ennemie et retardés, par suite, dans leur mouvement, constituèrent, à la Croix de Pierre, la réserve du Corps d’Armée.

 

Combats dans le secteur de la 125ème Division

 

A la 125ème Division, la lutte n’avait pas été moins chaude. De 3h30 à 10h30, un bombardement extrêmement intense de projectiles de gros calibre et d’obus asphyxiants lancés par minenwerfer bouleversait les tranchées de première ligne et de soutien, du Fer à Cheval au réduit des Meurissons. L’attaque suivait entre 10h30 et 11h00.

Au réduit des Meurissons, la garnison, constituée par un bataillon du 91ème, se cramponnait au sol sous un violent bombardement, accompagné d’émission de gaz ; mais un jet de liquide enflammé forçait la compagnie de droite à reculer, et les Allemands s’infiltrèrent par le ravin des Meurissons. Cerné, le Commandant du bataillon chercha alors à se frayer un chemin à la baïonnette. Les autres bataillons du 91ème se voyaient bientôt contraints, dans les mêmes conditions, de refluer vers les lignes de soutien non sans subir de fortes pertes.

De vigoureuses contre-attaques des fractions disponibles qu’appuyait le gros du 131ème, parvenait à rejeter, un instant, l’ennemi dans le ravin des Meurissons. Mais elles étaient bientôt arrêtées par un feu terrible des mitrailleuses allemandes. Les débris du 91ème, mêlés au 131ème, cherchèrent alors à se reformer dans les ouvrages de la ligne de soutien. A gauche, ils se maintinrent dans les ouvrages 12 et 11, mais à droite, ils ne purent que s’établir à la crête de la Fille Morte. Ils infligèrent de fortes pertes à l’ennemi se mouvant en colonnes serrées. Dans la soirée, la liaison avec la gauche de la 9ème Division était assurée.

Plus à l’Ouest, le bataillon de gauche du 76ème, peu menacé, conservait ses tranchées de 1ère ligne ; mais les autres éléments de ce régiment, annihilés par les gaz asphyxiants et les jets de liquide enflammé, ne tardaient pas à se réfugier dans les ouvrages 13, 14 et 15 de la ligne de soutien. Ces ouvrages n’étant pas reliés entre eux, l’ennemi parvint à se glisser dans les intervalles et six contre-attaques successives, effectuées par le 72ème, furent nécessaires pour conserver cette nouvelle ligne. Au cours de la nuit, la lutte se poursuivit partout sans interruption.

 

JOURNEE DU 14 JUILLET

Le 13 au soir, le Général Commandant le 5ème Corps prescrivait aux Généraux Commandant les deux Divisions de reconstituer des réserves en arrière de leur front et de profiter de cette constitution pour rétablir, dans la mesure du possible, les liens tactiques en partie disloqués par le combat.

Pour le lendemain, 14 Juillet, ordre fut donné d’attaquer l’ennemi pour reprendre d’abord les ouvrages de la 2ème ligne en avant de la Fille Morte et de la hauteur 285, et ultérieurement les tranchées perdues. Le premier objectif de l’attaque principale menée par la 9ème Division, renforcée des 89ème et 46ème (2 bataillons), était de récupérer dans son intégralité la hauteur 285 et de consolider la liaison entre cette hauteur et le réduit de 263 toujours occupé par le 4ème régiment d’Infanterie.

La nuit du 13 au 14 s’écoula sans incident sérieux ; mais par suite du mauvais temps, les relations furent difficiles. En dépit des plus grands efforts on ne parvint à reconstituer en arrière de la 1ère ligne que des réserves partielles peu considérables, sauf au 89ème régiment d’Infanterie où 6 compagnies furent rendues disponibles.

 

Secteur de la 9ème Division

 

Notre attaque sur les ouvrages 6, 7 et 8, déclanchée à 7h30, après une sérieuse préparation d’artillerie, fut arrêtée par un barrage d’obus asphyxiants et un bombardement intense sur nos lignes. Recommencée à 11h00, elle parvint à progresser par ses ailes, se rapprocha par endroits très près de l’ennemi, mais finit cependant par être enrayée.

Aussi bien devant la hauteur 285 (89ème et Chasseurs) qu’entre cette hauteur et le réduit de 263 (1 bataillon du 46ème), les efforts se poursuivirent toute la journée. A 18h00, le Commandant du réduit de 263 rendait compte que, grâce à l’appui des fractions du 46ème, il avait pu progresser de 150 mètres sur sa gauche. Sa situation n’en demeurait pas moins très difficile.

 

Secteur de la 125ème Division

 

Du côté de la 125ème Division, le 131ème chassait définitivement à 10h30 les Allemands du plateau de la Fille Morte et prenait pied dans un élément de l’ouvrage 10. Mais toute progression ultérieure fut arrêtée par les mitrailleuses qui, tirant des abords de 285, prenait nos troupes d’enfilade.

En même temps que nos troupes cherchaient à pénétrer plus avant dans les lignes allemandes pour récupérer les tranchées perdues, les efforts se poursuivaient en vue de hâter le renforcement du front et la construction de nouveaux ouvrages de soutien.

 

Dispositions prises en fin de journée

Dans la soirée du 14, le Général Commandant le 5ème Corps d’Armée estima que le moment était venu de reconstituer les unités, complètement disloquées, et d’organiser les lignes de défense sur tout le front.

Tout en admettant la nécessité de tenir comme 1ère ligne les points occupés par les unités les plus avancées, il prescrivit des reconnaissances en vue de la création d’une puissante position de résistance sur la crête de la Chalade et le Mont de Villers.

Pour mener à bien l’organisation de cette position, tous les travailleurs disponibles furent mi à la disposition du Colonel Commandant le Génie du Corps d’Armée (pièce n°4).

Dans la nuit du 14 au 15, un régiment du 15ème Corps, tout en restant en réserve d’Armée, fut amené en arrière et à gauche du 5ème Corps (112ème Régiment d’Infanterie débarqué au Claon).

 

PERTES

 

Les pertes supportées dans ces deux journées par le 5ème Corps d’Armée sont très fortes. Elles s’élèvent à 186 Officiers et plus de 8000 hommes.

Comme matériel, nous avons perdu 24 mitrailleuses (enterrées, brisées ou abandonnées sous l’effet des gaz asphyxiants), 14 mortiers de 58, 2 canons de 65 qui, installés sous casemates, n’ont pu être retirés, mais dont les servants ont pu enlever les culasses.

  

IDENTIFICATIONS

 

Les pertes des Allemands semblent avoir été sensibles, notamment pendant nos contre-attaques. Six régiments et 2 Bataillons de Chasseurs du XVIème Corps ont coopéré aux opérations d’attaque (98ème, 130ème, 135ème, 144ème, 26ème et 32ème Landwehr, 5ème et 6ème Bataillons de Chasseurs).

 

ACTIONS D’ECLAT

 

Les troupes ont généralement bien tenu, sauf sur les points où l’action des gaz asphyxiants et des liquides enflammés les a privées de leurs moyens.

Il y a lieu de citer particulièrement la très courageuse résistance du Bataillon TISSIER, du 4ème, au réduit de 263 qui, depuis 6 jours, tient dans des tranchées bouleversées par les bombardements, entouré presque complètement, ne communiquant avec nos lignes que par un boyau hâtivement creusé, repoussant des contre-attaques incessantes, de jour et de nuit, à coups de grenades et de pétards, luttant par le mine contre les sapes allemandes qui le menacent.

La brillante contre-attaque du 66ème Bataillon de Chasseurs qui, par sa vigueur, nous a rendu la hauteur 285, est digne aussi d’attirer l’attention.

La batterie de mortiers de 58 qui a réussi, malgré le bombardement, à tirer, avant d’abandonner ses pièces à demi-ensevelies, la presque totalité des munitions accumulées en vue de l’attaque prévue pour le lendemain mérite également une mention.

 

 CONCLUSION

 En résumé, l’ennemi est parvenu, grâce à la puissance de ses moyens matériels (artillerie de gros calibre, minenwerfer et surtout gaz asphyxiants et jets de flammes) à pénétrer dans nos lignes et à faire tomber nos premières tranchées. Les effets produits par les projecteurs de flammes semblent notamment avoir été décisifs sur le front du 91ème.

Les avis sont divisés au sujet des engins qu’utilisent nos adversaires pour lancer les liquides enflammés. Quoi qu’il en soit en présence de moyens d’attaque aussi formidables les tranchées de 1ère ligne ne sauraient tenir, quels que soient les effectifs employés pour les défendre. Elles constituent seulement un front d’avant-postes très renforcés, dont le rôle est d’enrayer les coups de mains ou les petites attaques de l’ennemi et d’empêcher les infiltrations d’infanterie dans nos organisations de défense.

Plus en arrière, il est indispensable d’asseoir une position solide, jalonnée par de grands centres de résistance avec des blockhaus à flanquements réciproques, des défenses accessoires larges et profondes et un très fort réduit fermé. C’est à hauteur de cette position que se tiendraient les réserves partielles destinées à riposter de suite, par de vigoureux retours offensifs, aux attaques de l’ennemi.

Quel que soit le dispositif adopté, il est à craindre que les gaz ne rendent les abris, les boyaux, les tranchées intenables. Il importe donc de trouver un antidote plus efficace que l’hyposulfite de soude. En outre, l’emploi des ventilateurs et de vaporisateurs Vermorel s’impose pour dissocier les gaz et les disperser.

Les combats des 13 et 14 ont fait une de plus ressortir l’importance de bonnes liaisons téléphoniques et démontré l’insuffisance de notre système actuel de communication.

Le 13, dès 7 heures, il n’était plus possible de rétablir la communication entre le P.C. de la Pierre Croisée et la Maison Forestière. Dans le secteur de la 125ème Division, toutes les lignes entre la Chalade et l’avant ont été hachées dès le début.

Les entrées de postes, dont la rupture totale provoque d’un seul coup l’arrêt complet de toutes les communications, doivent être sous plomb et enterrées profondément sur une centaine de mètres.

Enfin, certaines lignes, absolument indispensables au Commandement, devraient être construites soit en caniveaux, soit sous plomb et enterrées, notamment dans les bois où la chute des branches rompt tous les fils.

 

Le Général Commandant le 5ème Corps

 

HALLOUIN

 

Le Général HALLOUIN, Commandant le 5ème C.A.

 

 Sources : SHAT / Portrait : Le Petit Journal (février 1917)

 

 

Commentaires fermés

  • counter for wordpress