POEME : Clermont-en-Argonne – Georges LIONNAIS

Clermont en Argonne

 

Pur joyau de l’Argonne, auprès de la forêt

Où tonne le canon, où fauche sans arrêt,

En ces jours d’héroïsme et de fières revanches,

La hideuse Camarde à l’affût dans les branches !

 

Très enchanteur beauvoir du pays Clermontois,

Où l’on entend parler cet antique patois,

Tel qu’au temps des Condés le chantonnaient nos pères

Eux qui forçaient aussi les loups dans leurs repaires ! ;

 

Joli bourg accueillant, aimé des citadins

Fuyant la vie intense et les plaisirs mondains

Pour venir, chaque année, emmy la solitude,

Vivre des jours heureux de douce quiétude.

 

Tu n’es plus aujourd’hui, sur le flanc du coteau

Que couronne fièrement Sainte-Anne et son plateau,

Tu n’es plus qu’un monceau de ruines fantastiques

Qui te font ressembler à ces pays antiques,

 

Qu’un affreux cataclysme a détruit sans retour

Transformant en désert le plus coquet séjour ;

Les Huns ont passé là !…De leurs mains de barbares,

Ils ont, sans un remords et au son des fanfares,

 

Allumé l’incendie aux quatre coins du bourg !

Grisés de cet endroit, repoussant tout secours,

Les sinistres bandits, à la lueur des flammes,

Pareils à des démons, hurlaient des cris infâmes !

 

La « kultur » allemande a posé là son sceau,

Mêlant ce nouveau crime à l’écrasant faisceau

Dont le lourd châtiment, déjà se fait entendre…

Tel le Phénix, Clermont renaîtra de ses cendres !

 

Georges LIONNAIS

Troyes, le 20 janvier 1915

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