Témoignage : Un Chasseur à pied relate les combats de juin-juillet 1915

Un fait d’arme des Chasseurs à Pied

 

Nous recevons d’un officier de Chasseurs à Pied qui se bat en Argonne cette lettre :

« Je viens d’assister à un spectacle superbe. Les Boches écrasent sous les obus une ligne de tranchées. Le bruit, à douze kilomètres, nous réveille à trois heures du matin. A six heures réveil. On part en un quart d’heure. On arrive à neuf heures.

Les Boches avaient avancé. Ils avaient franchi pas mal de terrain. On traverse leurs tirs de barrage, parmi les obus et les gaz asphyxiants. Baïonnette au canon. On se déploie dans un fond de ravin. Les yeux pleuraient. Sous le masque la respiration était difficile.

On fait 1500 mètres. On voit les Boches. Fusillade pendant 45 secondes. Je faisais avancer l’extrême gauche de mon bataillon. On dépasse les gaz peu après. Tout d’un coup, on crie encore : « En avant ! ». Les officiers étaient tous en tête. Les clairons se mettent à sonner. On a fait 900 mètres, au petit trot. Un entrain sans pareil, sublime, c’est le mot. J’étais lucide cependant pour ma part.

Je m’éloignais toujours vers la gauche. Soudain je reconnais deux canons de 75 avec leurs abris. J’appuie encore plus sur la gauche. Et j’établis une ligne de tirailleurs en avant de la clairière où étaient les canons. Je commande encore en avant. Nous arrivons à une crête, une mitrailleuse nous prend sous son feu. J’ai roulé à terre avec un sergent parmi les cailloux et les branches projetées ça et là.

Je crie : « En arrière. Faites des trous ». Et nous sommes là depuis trois jours. Les Boches sont arrêtés. On leur a flanqué par terre pas mal de gens. Nos Chasseurs ont été parfaits. Les clairons ont sonné comme à l’exercice »

 

Il est bon d’ajouter que ce Lieutenant de demain est parti au feu, en août dernier, simple soldat.

Source : AD Meuse – Le Bulletin Meusien du 26 août 1915

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