Poême : A l’Argonne
A l’Argonne
Au cadran de l’histoire a sonné de nouveau,
Pour l’antique forêt où grondent les ruisseaux,
Les heures héroïques des sanglantes batailles,
Où luttent nos soldats, méprisant la mitraille,
Frôlant cent fois la mort et mourant en héros…
Rocs plus durs que l’airain, refuges des blaireaux,
Chênes au front géant, se riant de l’orage,
Et vous, frêles bouleaux, au frissonnant feuillage,
Hêtres droits et trapus, orgueil de nos taillis,
Solitaires tilleuls au mielleux friselis,
Le moment est venu de venger les injures
D’un peuple sans honneur, d’un peuple de parjures :
Un souffle de victoire agite les lauriers
Qu’a tressé pour nos fils l’ombre de Dumouriez.
Troyes le 16 janvier 1915
George LIONNAIS