Témoignage : fuite et retour à Varennes (septembre 1914)

Témoignage d’un habitant

 

Sainte-Ménéhould, le 1er décembre 1914

…Quand nous sommes partis de Varennes, pour la première fois, avec l’intention de nous rendre à Sainte-Ménéhould, c’était le 2 septembre. Arrivés ici, nous apprîmes que Marie était partie le jour même. Quel voyage fîmes nous !…Deux jours après, voila les Boches arrivés. Nous restâmes quatre jours avec eux, puis nous repartîmes pour Varennes, par Clermont et toujours à pied. En sortant de Sainte-Ménéhould, nous tombons sur un poste allemand qui nous menace en disant : « Capout ! ». Nous prenons un chemin détourné et nous retombons sur la route. A partir de là jusque Varennes, pendant vingt huit kilomètres, nous n’avons rencontré que des Allemands. Arrivés à Clermont, il était tout en feu. Nous fûmes obligés de mettre nos mouchoirs devant notre figure pour passer. Près de quitter cet enfer, 6 officiers allemands attablés nous questionnèrent : où allions nous, etc., etc. Nous leur répondons que nous allons à Varennes, chez nous. « Vous faites un métier très dangereux ! »

En effet, ils n’avaient pas besoin de nous le dire. Nous dûmes traverser depuis Clermont jusqu’à Neuvilly en plein champ de bataille. La fusillade et les obus pleuvaient. Il y avait des cadavres d’hommes et de chevaux dans les champs et le long de la route. Eh bien ! Tous trois nous n’avons pas eu un moment de crainte. Pour vous en revenir aux six officiers allemands, je leur ai demandé si c’était les obus qui brûlaient Clermont. Voila la réponse textuelle qu’ils me firent : « Non, c’est nous qui avons mis le feu, les CIVILISTES ont tiré sur nous. » Je n’ai pas demandé mon reste.

Arrivés à Varennes, il fallait voir cela ! Les Allemands étaient pleins chez nous. Ils pillaient tout le linge de Charlotte ainsi que le nôtre. Enfin tout ce qui avait un peu de valeur était volé. Nous vécûmes avec eux pendant douze jours.

Au bout de ce temps, les troupes françaises rentrèrent à Varennes. Alors à la date de leur arrivée de Montfaucon, nous fûmes bombardés pendant neuf jours et neuf nuits, sans cesse. Les obus défonçaient tout. Un tombe derrière chez nous, démolissant un mur, nous n’avons pas bougé. Mais le 22 septembre nous étions chez nous, sur le pas de la porte, lorsque tout à coup une « marmite » s’abat sur le devant de notre porte, défonçant, arrachant toute la devanture de notre maison, tuant à nos côtés deux soldats du Génie et moi récoltant une éraflure à la jambe. Charlotte un petit coup dans l’œil.

A la fin nous fûmes obligés d’aller rejoindre ma femme dans les caves de Madame Person, nous y étions au moins 50. Le bombardement faisait rage, crevant tout, défonçant tout. Vers onze heures du soir, avec Charlotte, nous nous hasardons à aller voir la place. Quel affreux spectacle ! Tout le bas de Varennes était en feu. Notre pauvre maison n’était plus qu’un immense brasier. L’église, l’hospice, le pâté Lombard, enfin il n’y avait que le côté de la Grand’Rue, le côté droit en montant, qui ne brûlait pas. Je ne sais comment nous avons pu survivre en voyant un pareil désastre. Nous sommes restés avec ce que nous avons sur le dos sans avoir pu rien sauver. Le 23 septembre, à une heure du matin, nous reprenions le chemin de l’exil, et encore une fois jusque Boureuilles au milieu des obus. Depuis, nous sommes à Sainte-Ménéhould sans pouvoir sortit, tout est consigné. Si jamais nous avons le bonheur de vous revoir, j’aurai de quoi vous conter pour faire un nouveau livre…

Léon DUCHANGE

Source : AD Meuse – Le Bulletin Meusien du 14 janvier 1915

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