Témoignage : Augustine Ravenel à Varennes-en-Argonne (septembre 1914)

Une habitante de Véry réfugiée à Varennes 

 

Monsieur Ravenel, membre de l’Association meusienne, demeurant 31, rue Sedaine nous communique les renseignements suivants extraits d’une lettre de sa belle-sœur et de ses trois filles, retour de captivité.

 

Saint-Egrève, le 1er mars 1915

Nous avons quitté Véry, le 3 septembre avec ma belle-mère, Madame veuve Ravenel-Leblan, Vestier, sa femme et leur fille Julia, mon mari et nos trois enfants, mais en arrivant à Varennes, nous avons été obligés de nous réfugier dans la cave de la gendarmerie pour éviter les obus qui tombaient sur la ville. Notre fuite étant devenue impossible, Vestier a rentré ses chevaux dans une grange et à peine sorti, un obus tombe sur cette grange et lui tue un cheval. Nous sommes restés dans cette cave tout l’après-midi et à 7 heures les Allemands sont entrés dans Varennes, ils sont venus vers nous, révlver au poing et nous ont menacés de nous fusiller si nous ne leur donnions pas tout ce que nous avions. Nous leur avons tout abandonné et nous nous sommes sauvés pour nous coucher dans la grange de Monsieur le Maire. Dans la nuit nous entendions qu’ils défonçaient les portes à coup de hache. Le lendemain nous étions entre les deux feux ; ne pouvant plus y tenir, nous sommes repartis à Véry. En cours de route, notre tante Ernestine qui était avec nous est morte de frayeur, nous l’avons enterrée le lendemain 6 septembre.

Le 19 septembre, les Français ont repoussé les Allemands, et ces brutes, avant de quitter le pays, ont incendié les maisons Archambaux et veuve Pincherelle et se sont placés sur les hauteurs de Montfaucon d’où ils bombardent le village. Nous nous sommes cachés 12 jours dans la cave de Louis Blanché. Les 3 chevaux à Vestier ont été tués par les obus. Les Allemands revenus et le 27 septembre ils ont emmené mon mari avec tous les hommes du village, soit disant pour enterrer les morts, mais depuis on est sans nouvelles d’eux.

Les Allemands ont pillé toutes les maisons et transporté le contenu en Allemagne. Les ormes devant l’église ont été coupés, le clocher a été abattu, le village est fortement endommagé. Nous nous sommes trouvés bien des fois entre la vie et la mort ; les trois quarts du village sont détruits par l’incendie.

Le 27 novembre, jour où j’ai été faite prisonnière avec mes trois filles, beaucoup de femmes étaient restées à Véry, je ne puis fournir aucun renseignement sur elles. Sont décédés avant mon départ : Thérèse Chamon, Catherine Charles, Emile Aubriet, Rosalie Quetillot, J.L. Barborin et sa femme ; Catherine Lambinet a été tué par un obus. Les Boches nous ont emmenées à Dun, ensuite à Carignan, Thionville, Cuixen, Rastadt et Holzenmiden où nous avons beaucoup souffert de la faim et du froid, couchées dans des baraques en planches, sur de la paille pourrie et étions nourries avec de la soupe aux harengs avec 100gr de pain par jour. Les hommes étaient bien malheureux aussi, nous avons vu les soldats allemands les frapper à coups de crosse de fusil et il y en a qui mangeaient la décoction de café du matin.

Le 11 février nous avons appris la mort de Louis Detante en Allemagne et on nous a dirigées sur la France par la Suisse où nous avons été bien reçues par les autorités françaises.

 

Augustine RAVENEL

A Saint-Egrève (Isère)

 

Source : AD Meuse – Le Bulletin Meusien du 25 mars 1915

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