L’abbé Antoine Grosse, prêtre brancardier au 167ème R.I.

L’abbé Antoine Grosse, prêtre brancardier au 167ème R.I.

L'abbé Antoine Grosse, prêtre brancardier au 167ème R.I.

L’abbé Antoine Grosse, prêtre brancardier au 167ème R.I.

L’offensive de Champagne allait se déclencher. Le vendredi 24 septembre 1915, à la parallèle qui devait servir de départ pour l’attaque du lendemain, le 167ème Régiment d’Infanterie hâtait les derniers travaux.

L’ennemi, très nerveux, ne cessait de harceler nos troupes, par de fréquents arrosages sur tous les points du secteur.

C’est au cours d’un de ces tirs que fut touché M. l’abbé Antoine Grosse (1), curé de Gémonville, prêtre brancardier.

Il remplissait les fonctions d’aumônier au 3ème bataillon de ce régiment.

Tandis qu’il se trouvait aux abords du poste de secours de sa formation, un obus, éclatant près de lui, le frappa mortellement, ainsi que plusieurs officiers et soldats qui l’entouraient.

La veille d’un jour d’attaque, au moment où, comme prêtre, il rendait aux âmes la confiance et distribuait le pardon divin, cette mort apparaît comme le digne couronnement d’un généreux apostolat. Ouvrier de Dieu, frappé en plein travail, il offrait son dernier sacrifice. L’aumônier divisionnaire rendait de lui ce témoignage, riche en sa concision : « Il s’est dépensé sans compter, tant sur la ligne de feu qu’au repos, profitant de toute occasion pour donner à son dévouement des formes nouvelles… » « Le Seigneur, écrit un autre confrère, a récompensé son zèle en lui ménageant la consolation de nombreux retours ».

C’est à un de ces retours que fait allusion ce billet, tracé de sa main : « Au milieu des circonstances pénibles où nous sommes, je vous écris dans la joie. J’ai eu le bonheur, ce matin, à la messe dite à cinq heures et demie dans une paroisse de la Marne, de faire faire la première communion à un jeune soldat que j’avais instruit. Un certain nombre de ses camarades l’ont accompagné à la Table sainte. Simple et silencieux aux yeux des hommes, c’était grand aux yeux des anges et de Dieu lui-même ».

Un mélange de simplicité et de « bonhomie naïve » rendait son abord facile. Tous les soldats l’estimaient et connaissaient sa bonté.

Il se plaisait aussi à rester en communion de pensées et de prières avec ses paroissiens. Par ses lettres il les encourage, les réconforte, élève leur patriotisme. Mieux encore, il les édifie. Ils savent, en effet, combien sur le champ de bataille leur curé paie de sa personne.Une lettre du 22 juin 1915 leur apprend dans quelles conditions il sait exercer ce devoir : « J’ai eu la consolation de pouvoir administrer mon pauvre sergent dans la tranchée, à l’endroit même où il venait de tomber. Il avait le crâne ouvert, mais a encore vécu un bon quart d’heure ».

Le souci de sa dignité sacerdotale le préoccupe :
« Croyez-vous que le prêtre, passant-au milieu des soldats, ses camarades et amis, dans les cantonnements au repos, dans les tranchées et jusqu’en première ligne ne laisse pas une bonne impression et que cela ne peut pas servir à faire aimer davantage son caractère de prêtre et, par lui, l’Eglise catholique et le bon Dieu lui-même ?… J’avoue franchement que le cœur m’a battu quelquefois bien fort pour passer en certains endroits ».

FicheMPLFLa Providence avait décidé qu’il trouverait la mort sur le chemin de son dévouement.

Dans l’après-midi du 24 septembre, ses yeux se fermaient, au milieu de ses chers soldats.

Il a été enterré dans le cimetière militaire de Saint-Thomas, près de Vienne-le-Château, entre un officier frappé en même temps que lui et un séminariste tué la veille. Prêtre et soldats, ils avaient communié dans la peine et la souffrance des champs de bataille. Sur la douce terre de France, ils dormaient leur dernier sommeil, tandis que Dieu couronnait leur commune immolation.

(1) Né à Nelling, diocèse de Metz le 6 juillet 1881, M. l’abbé Antoine-Ferdinand GROSSE, avait été ordonné prêtre le 2 août 1908, puis successivement vicaire à Thiaucourt, à Blâmont (1909), et curé de Gémonville (1910).

Source : Le clergé du diocèse de Nancy pendant la guerre (1914-1918) – Abbé R. Hogard

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