IIIème Armée : opérations en Argonne du 20 juin au 20 juillet 1915

IIIème Armée : opérations en Argonne

du 20 juin au 20 juillet 1915

Source : Les Armées Françaises dans la Grande Guerre – Tome III Vol 1 Chapitre II p196 à 207

La date du 20 juin marque dans le secteur de l’Argonne le début de violentes attaques allemandes, dans lesquelles nos adversaires recourent à de nouveaux procédés de combat et paraissent avoir reconnu la nécessité de mettre en œuvre des moyens plus puissants. La lutte engagée pendant  l’hiver de 1914-1915 et le printemps suivant avait été en effet caractérisée par des actions locales et incessantes, menées avec des effectifs réduits, et dans lesquelles la mine et les engins de tranchée jouaient le rôle principal.

A partir du 20 juin, l’ennemi change de méthode et entreprend une série d’offensives très vigoureuses, toutes conduites d’après le même plan et les mêmes principes. Elles sont préparées par un bombardement d’une extrême violence avec des pièces de tous calibres qui, pendant plusieurs jours, écrasent nos organisations de première et de deuxième lignes; puis, tandis que de puissants lance-bombes achèvent de détruire nos ouvrages, des bombardements par obus asphyxiants sont exécutés contre notre deuxième ligne, nos positions de batterie, nos postes de commandement, ainsi que sur les principaux carrefours et ravins qui, dans cette forêt touffue et accidentée sont des points de passage obligatoires pour nos réserves. L’attaque d’infanterie est lancée ensuite : elle est exécutée sur un large front, mais par les seules troupes du secteur. Elle ne vise que la conquête d’objectifs limités et ne gagne que peu de terrain. Il semble que le but principal poursuivi par nos adversaires au cours de cette période ait été de nous user en nous infligeant des pertes importantes tant en tués et blessés qu’en prisonniers.

Depuis septembre 1914, les Allemands ont maintenu en Argonne les mêmes troupes, qui s’y sont pour ainsi dire spécialisées; elles appartiennent à la Ve armée commandée par le prince impérial allemand, dont le quartier général est à Stenay, et comprennent le 18e corps dans la partie ouest de la forêt, le 13e corps au bois de la Gruerie, le 16e corps en Argonne orientale, la 2e division de landwehr dans la région à l’est de Vauquois, enfin le 6e corps de réserve qui s’étend jusqu’à la Meuse. Il a été signalé plus haut qu’elles comptent une forte proportion de troupes techniques et qu’elles disposent de puissants moyens matériels.

Du côté français, cette partie du front est tenue au début de mai par la IIIe armée, commandée par le général Sarrail et composée du 32e corps (renforcé par les 1re et 2e brigades coloniales), du 5e et du 15e corps.

Si le 15e corps et la 10e division, qui occupent des secteurs relativement calmes, se trouvent à cette époque dans un état physique et moral satisfaisant, il n’en est pas de même du 32e corps et de la 9e division.

Depuis son arrivée en Argonne en janvier 191 5, le 32e corps a subi des pertes considérables; quant à la 9e division, elle a dû soutenir des luttes incessantes et n’a jamais eu le moindre repos : sa relève est devenue nécessaire et des mesures sont prises à cet effet : dans le courant du mois de mai, la limite est du secteur de la IIIe armée est reportée de la Meuse à l’ouest de Béthincourt; la 30e division ainsi libérée est placée en réserve de groupe d’armées et doit relever la 9e division du 19 au 24 mai.

Mais, à ce moment, le commandant en chef prépare dans le Nord de nouvelles attaques, en vue desquelles il veut se constituer des disponibilités ; il décide le 21 mai de placer en réserve de groupe d’armées le 1er corps colonial, alors à l’aile droite de la IVe armée. Le secteur qu’il occupait est réparti entre les IVe et IIIe armées : la zone de cette dernière se trouve dès lors reportée jusqu’à l’ouest de Massiges. La 30e division est remise en même temps à la disposition de la IIIe armée. Pour éviter un regroupement général de ses troupes, le général Sarrail se résout, malgré les inconvénients que présente cette solution, à placer cette division sur le front à l’aile gauche de la IIIe armée, et, comme conséquence, à ne pas relever la 9e division. Le 15e corps va de ce fait se trouver scindé en deux : la 30e division, occupant la zone comprise entre la IVe armée et l’Aisne, et le « détachement Carbillet » (29e division d’infanterie, renforcée par des bataillons territoriaux et deux groupes d’artillerie de corps), entre le 5e corps et la 1ere armée»

La création de divisions nouvelles que le commandant en chef décide à cette même époque amène encore d’autres modifications à l’ordre de bataille de la IIIe armée; les 1re et 2e brigades coloniales, qui tenaient jusqu’alors une partie du secteur du 32e corps, sont retirées du front et ramenées dans la région de Givry-en-Argonne pour constituer la 15e division coloniale destinée à la IVe armée; en même temps, les 126e et 126° divisions, dont l’organisation a été confiée au général Sarrail sont affectées respectivement aux 5e et 15e corps.

En résumé, à la date du 20 juin, la IIIe armée se trouve ainsi constituée : à gauche, les 30e et 126e divisions sous les ordres du général Heymann, commandant le 15e corps, tiennent les lignes entre Massiges et la route de Binarville à Vienne-le-Château. A leur droite le 32e corps, commandé par le général Duchêne, occupe le front jusqu’à l’est du Four-de-Paris; il comprend les 40e et 42e divisions et la 15oe brigade; de plus la 251e brigade, du 15ecorps, est placée pour les opérations sous les ordres du général commandant la 40e division. Entre le Four-de-Paris et le pont des Quatre-Enfants (3 kilomètres à l’est de Vauquois) se trouve le 5e corps sous les ordres du général Micheler, avec les 125e, 9e et 10e divisions.

Enfin, à l’aile droite de l’armée, le détachement Carbillet comprend essentiellement la 29e division. Une brigade prélevée sur la 10e division est en réserve de groupe d’armées dans la vallée de la Couzance.

L’organisation défensive en Argonne se compose dans son ensemble de deux positions échelonnées; la première constituée par deux lignes solides, à quelques centaines de mètres l’une de l’autre, la deuxième à une distance de la première variant de 2 à 5 kilomètres, mais dont les ouvrages ont été mal entretenus. Les actions successives entreprises par les Allemands vont viser seulement la première de ces positions. Ils attaquent du 20 juin au 2 juillet en Argonne occidentale pour enlever notre saillant de Bagatelle; du 13 au 20 juillet, en Argonne orientale pour occuper la ligne de hauteurs qui s’étend de la Chalade à Boureuilles et dont le point culminant est marqué par la cote 285 (3 kilomètres 5oo au sud-ouest de Boureuilles).

Dès le 16 juin, l’artillerie allemande commence à manifester une activité insolite qui se poursuit les jours suivants. Le 20 à 2h3o, depuis Bagatelle jusqu’à la lisière ouest de la forêt, commence un bombardement de la plus extrême violence ; à 7h 30, il s’arrête soudain sur les premières lignes, mais se continue sur les deuxièmes pendant que l’infanterie attaque des deux côtés de la route de Binarville à Vienne-le-Château, à la jonction des 32e et 15e corps. Après une lutte acharnée qui dure toute la journée, l’ennemi reste maître de 3oo à 400 mètres de notre première ligne à l’est de la route de Binarville et d’un système de tranchées de 200 mètres de front sur 100 mètres de profondeur à l’ouest de cette route. Les jours suivants sont marqués par une lutte ininterrompue d’artillerie et par des combats à la grenade. Le 27, la 126e division d’infanterie exécute une vigoureuse contre-attaque avec emploi de lance-flammes et parvient à reprendre quelques éléments de tranchées.

Le 3o, à 4 heures, tout le front du 32e corps, de la route de Binarville au Four-de-Paris, est soumis à un bombardement par obus de gros calibres qui surpasse « en violence et en précision ce qu’on avait pu voir jusqu’alors. Les tranchées de première et de deuxième lignes sont démolies, une grande partie des défenseurs sont ensevelis, toutes les communications téléphoniques sont coupées; beaucoup de boyaux sont comblés ». A 7h 30, l’ennemi donne l’assaut à nos lignes et les perce à l’ouest de la laie forestière de la Harazée; déjà il pousse vers la cote 213 (1 kilomètre nord de la Harazée) quand une contre-attaque énergique le refoule au delà de la route de Bagatelle à Servon. Plus à l’est, s’infiltrant au nord-est de la Harazée par le ravin de la Fontaine-aux-Charmes, il a enlevé deux lignes de tranchées. En fin de journée, nous avons abandonné du terrain de part et d’autre du saillant de Bagatelle sur un front de kilomètres et une profondeur de 15o à 4oo mètres. Le 32e corps a pu tenir tète à l’ennemi avec ses seules forces, mais la journée lui coûte 3.000 hommes tués ou disparus et 15oo blessés; il n’a plus en réserve que quelques bataillons relevés la veille des tranchées et le commandant de la IIIe armée estime que l’affaire «ne semble qu’à son début ».

Aucune action sérieuse n’a lieu le 1er juillet. Mais le 2, vers midi, un bombardement aussi violent que celui de l’avant-veille écrase nos positions depuis la lisière ouest du bois de la Gruerie jusqu’à Marie-Thérèse et à 16 heures l’infanterie ennemie se lance à l’attaque. La lutte est particulièrement acharnée dans la région de Bagatelle où des éléments ennemis s’infiltrent jusqu’à la cote 213 ; nos contre-attaques les refoulent, mais sans nous rendre tout le terrain perdu. Cette fois encore le général Duchêne a pu soutenir le choc, mais toutes ses unités ont été engagées « jusqu’à la dernière compagnie ; leur fatigue est extrême et elles n’ont plus de cadres ».

Du 3o juin au 3 juillet, le 32e corps a perdu 179 officiers et 8.423 hommes de troupe. De plus, l’ennemi nous a enlevé le saillant de Bagatelle; il a gagné du terrain sur un front de 3 kilomètres 5oo et une profondeur maximum de 1 kilomètre, mais «là où il a passé, devant les troupes du 32e corps, il ne restait que des ruines de tranchées, des morts et des blessés ou des vaillants qui, coupés de toute communication, isolés de tous par des éboulements des tranchées ou des boyaux, se sont défendus jusqu’au bout ».

Devant cette offensive qui menace de s’étendre, le commandant en chef a prescrit dès le 1 juillet de riposter par « une contre-offensive qui non seulement nous rende le terrain perdu, mais nous assure la supériorité morale et rétablisse la situation».

Les éléments dont dispose la IIIe armée lui permettent encore en effet un vigoureux effort; le 5e corps et les 29e et 30e divisions sont « en parfaite condition»; quant à la 126e division et au 32e corps, bien qu’ayant été très éprouvés, leur moral ne paraît pas ébranlé; enfin la IIIe armée  vient d’être renforcée par des troupes excellentes, la 128e division et la 5e division coloniale : la première, prélevée sur la 1ère armée pour permettre de donner successivement du repos aux unités du 32e corps, a commencé à débarquer le 1er juillet dans la zone de la IIIe armée; la seconde, constituée dans la région de Givry-en-Argonne, était destinée à la IVe armée, mais a été mise par le général Joffre à la disposition provisoire du général Sarrail.

Pour se conformer aux directives du commandant en chef, le général Dubail a donné aussitôt les instructions suivantes : le 32e corps, appuyé par la 128e division, réoccupera au minimum la deuxième ligne de la première position. D’autre part, la 15e division coloniale, appuyée à gauche par le 15e corps, prendra une vigoureuse offensive entre l’Argonne et l’Aisne; son premier objectif sera Servon et la cote 172 ; elle se rabattra ensuite sur le bois de la Gruerie. Enfin, pour parer à toute réaction ennemie, le commandant du groupe d’armées de l’Est juge qu’il serait nécessaire d’amener le 2e corps colonial en entier dans la région au sud-ouest de Sainte-Ménéhould.

Le général Joffre n’admet pas une opération aussi importante, car sa préparation exigerait beaucoup de temps et son exécution pourrait entraîner de la part des Allemands des réactions gênantes pour la préparation de nos offensives combinées. Le général Dubail modifie donc ses premières instructions et donne l’ordre de se borner à reconquérir le terrain perdu et à reprendre sur l’ennemi l’ascendant moral.Il demande en même temps au commandant en chef un supplément d’artillerie lourde pour la IIIe armée. Le général Sarrail monte alors son attaque de la façon suivante : conservant la direction de l’ensemble, il place en réserve d’armée la 251 e brigade dans la région la Charmeresse, cote 177 (2 kilomètres sud-ouest de Vienne-la-Ville). L’action principale sera menée par le général Duchêne, qui disposera du 32e corps, entre le Four-de-Paris et Bagatelle, de la 128e division à sa gauche, enfin de la 15e division coloniale, à cheval sur la route de Binarville. L’objectif est la reprise de la crête située à l’est de la route de Binarville, d’où nous a chassés la récente offensive allemande : pour en faciliter la conquête, une brigade de la 15e division coloniale attaquera à l’ouest du bois de la Gruerie sur le bois Beaurain (2 kilomètres 500 à l’est de Servon), puis se rabattra à l’est vers la route de Binarville. L’offensive sera appuyée à gauche par une démonstration du 15e corps au sud de Servon; à droite, par une action du 5e corps dans la région de la Haute-Chevauchée, avec la route de Varennes au Four-de- Paris comme objectif. Enfin le détachement Carbillet exécutera un coup de main isolé dans le bois de Malancourt, pour attirer de ce côté l’attention de l’ennemi. Malgré les défauts que le commandant en chef relève dans ce plan, il n’y est pas apporté de modification. Toutefois l’exécution, d’abord prévue pour le 9, est remise d’abord au 12, puis au 14 juillet, par suite de l’insuffisance des réglages d’artillerie 2. Mais le 13 les Allemands nous devancent; ils exécutent en Argonne orientale une attaque aussi violente que celles qu’ils viennent de mener dans la partie occidentale.

Depuis plusieurs jours déjà, divers indices avaient fait pressentir au commandement les intentions de l’ennemi : d’importants mouvements de troupes par convois automobiles étaient signalés; l’artillerie ennemie et les lance-.bombes manifestaient une activité inusitée, en particulier dans les secteurs occupés par la droite de la 42e division et le 5e corps. Enfin le 13, à 6h3o, un déserteur annonçait qu’une puissante attaque allait avoir lieu à 10h 3o sur tout le front occupé par le 5e corps d’armée.

De fait, à 3h 30, des obus de tous calibres commencent à écraser nos tranchées de première et de deuxième lignes, du Four-de-Paris à la cote 263 (1.800 mètres ouest de Boureuilles); nos ouvrages sont nivelés, nos fils téléphoniques hachés. A 6h3o, l’ennemi dirige contre nos deuxièmes  positions un violent bombardement par obus asphyxiants qui oblige par moments les servants de quelques batteries à abandonner leurs pièces. A 7h3o, il se lance contre la 9e division au sud-ouest du saillant que forment nos positions aux environs de la cote 263 et pénètre en plusieurs  points dans nos lignes; une contre-attaque arrête ses progrès. Mais à 10h3o les Allemands déclenchent sur tout le front du 5e corps une nouvelle action, avec emploi de liquides enflammés et de gaz asphyxiants ; ils enlèvent toute notre première ligne et une partie de la deuxième, de Bolante à la Haute-Chevauchée, et refoulent nos troupes au delà de la cote 285 (3 kilomètres 500 au sud-ouest de Boureuilles); nos batteries lourdes en arrière de ce point sont menacées.

Mais dès le début de la préparation d’artillerie le général Hallouin (qui a remplacé le 9 juillet à la tète du 5e corps le général Micheler grièvement blessé) a rapproché ses réserves; de plus, la brigade de la 10e division en réserve de groupe d’armées dans la vallée de la Couzance a été mise à sa disposition. Avec une fraction de ces troupes, il lance à partir de midi plusieurs contre-attaques qui nous rendent la cote 285, une partie de notre deuxième ligne et quelques canons tombés le matin aux mains de l’ennemi. A la fin de la journée, nos soldats organisent une nouvelle position qui s’appuie en majeure partie sur nos ouvrages de deuxième ligne. Si nous avons dû reculer sur un front de 4 kilomètres et une profondeur maxima de 400 mètres, nous avons du moins réussi à nous maintenir sur l’importante hauteur 285 et nous avons même conservé en première ligne le réduit de la cote 263. Mais le bataillon qui tient ce point d’appui se trouve dans une situation des plus précaires, et ne communique plus avec l’arrière que par un boyau escarpé pris d’enfilade par les mitrailleuses ennemies. Loin de nous faire abandonner l’idée d’une contre-attaque en Argonne, l’offensive allemande contre le 5e corps n’a fait que confirmer le commandement dans la résolution de riposter le plus vite possible ; aussi dès le 13 au soir les 9e et 125e divisions reçoivent-elles du commandant du 5e corps l’ordre de se réorganiser afin d’attaquer le lendemain matin.

Tandis que le 32e corps exécutera son attaque comme elle avait été prévue, le 5e corps s’efforcera de reprendre le terrain perdu et achèvera de chasser l’ennemi de la hauteur 285.

Le 14, à 6 heures, la préparation d’artillerie commence; mais, au 5e corps, son efficacité est amoindrie par la perte de nombreux canons de 58 et de leurs munitions. Le général Hallouin lance une première attaque à 7h3o; elle est arrêtée net par un bombardement intense et par des barrages d’obus asphyxiants; une nouvelle tentative exécutée à 11 heures ne nous permet de progresser que très légèrement. L’action principale est déclenchée par le général Duchêne à 8h3o; à l’est de la route de Binarville, la 42e division ne parvient à enlever que 150 mètres de tranchées ; à l’ouest de cette route, la première brigade coloniale réalise tout d’abord des progrès plus importants : franchissant d’un seul élan les deux premières lignes ennemies, elle traverse le bois Beaurain et pénètre dans le ravin de la Noue-Dieusson; une contre-attaque immédiate la rejette à la lisière sud du bois; après avoir regagné quelque terrain, elle est refoulée pendant la nuit jusque dans ses tranchées de départ; cet échec lui a coûté 54 officiers et 2.802 hommes. Les jours suivants nous essayons en vain d’améliorer notre situation au réduit de la cote 263, et le 20, après un violent bombardement, cet ouvrage tombe aux mains de l’ennemi malgré une belle résistance de sa garnison. Du 13 au 20 juillet, le 5e corps a perdu 208 officiers et 8.633 hommes de troupe.

Après un mois de lutte acharnée, l’offensive ennemie paraît arrêtée.

Nous avons, il est vrai, perdu notre première ligne et une partie de la deuxième sur toute la largeur de la forêt, mais notre recul n’est guère que de 400 mètres en moyenne; il n’atteint 1 kilomètre environ que dans la région de Bagatelle. Par deux fois, les 3o juin et 13 juillet, la situation a paru critique et les progrès de l’ennemi n’ont été enrayés qu’aux prix de très lourds sacrifices, ainsi que l’indique le tableau ci-après :

PERTES ÉPROUVÉES PAR LA IIIe ARMÉE DU 20 JUIN AU 20 JUILLET.

OFFICIERS

HOMMES DE TROUPE

Tués

Blessés

Disparus

Tués

Blessés

Disparus

TOTAUX

32e C.A.

80

199

50

1 552

10 020

4 040

15 941

5e C.A.

36

74

118

921

3 723

5 608

10 480

15e C.A.

17

64

15

668

3 459

1 761

5 984

TOTAUX

133

337

183

3 141

17 202

11 409

32 405

Nos pertes en matériel sont également sensibles : deux canons de 65, un canon de 37, une cinquantaine de mitrailleuses, de nombreux mortiers et lance-bombes et de grandes quantités de munitions. Pendant ce mois de combats continus, nos divisions, quoique déjà très fatiguées avant les grandes attaques allemandes, ont lutté avec le plus grand courage et un esprit d’abnégation absolu. De l’avis du commandant de la Ille armée, chacun a fait son devoir. Néanmoins les Allemands ont remporté de sérieux succès locaux, provoqué chez nos troupes une usure considérable et ébranlé leur moral.

Nos échecs sont dus sans aucun doute en partie à l’énorme supériorité des moyens matériels mis en œuvre par nos adversaires. Par des projectiles spéciaux lancés en masse, les Allemands produisent en effet de véritables nappes de gaz asphyxiants contre lesquels nos moyens de protection sont insuffisants et qui rendent tout stationnement impossible dans des  zones de 200 à 3oo mètres. L’artillerie lourde ennemie est très supérieure à la nôtre; il en est de même de l’artillerie de tranchée. Nos canons de 58 sont « des jouets à côté des derniers minenwerfer qui lancent 5o kg d’explosifs et dont le tir est tellement précis que, dans les derniers moments qui précédent l’attaque, ils démolissent systématiquement tout ce qui reste encore debout de nos ouvrages». D’autre part, le 3o juin, notre artillerie n’a pu, faute de munitions, apporter un appui efficace à l’infanterie. Enfin, nos organisations défensives en Argonne étaient sur certains points très insuffisantes.

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