Capitaine Louis BLANC – Compagnie 5/4 du 1er R.G. (1915-1916)

Capitaine Louis Blanc - 1er R.G. - Compagnie 5/4

   

Le témoignage du Capitaine Louis BLANC de la Compagnie 5/4 du 1er R.G. nous offre une vue très synthétique  des opérations de Guerre de Mines en Argonne Orientale en 1915 et 1916.  


Ce témoignage est paru en 1967 dans la revue Vauban (n°°16 et 17).
  

   

La Guerre de Mines en Argonne Orientale

 (1915-1916)

Louis BLANC 

    

L’Argonne, région entièrement couverte par la forêt, présente dans sa partie orientale une série de hauteurs dominant la vallée de l’Aire, face à Vauquois, dont les plus importantes sont du nord au sud, la cote 263 et la cote 285, point culminant du massif. A leur pied, du côté de l’ouest, la route forestière dite de la Haute-Chevauchée, ancienne voie romaine, la parcourt dans une grande partie de sa longueur. Cette chaîne est coupée obliquement par une autre qui s’articule sur elle à la cote 285 et qui, dirigée vers l’ouest, est formée par la Fille-Morte et la croupe de Bolante.    

Cet ensemble de sommets qui surplombent tout le sud-est de l’Argonne présente une importance militaire considérable.      

DEFENSE DE LA COTE 263 DU 10 JANVIER AU 20 JUILLET 1915  

A la fin de 1914, les lignes adverses sont à peu près fixées, mais les 8,9 et 10 janvier, les Allemands procèdent à une puissante attaque qui les fait progresser au sud du sommet de la cote 263 qu’ils occupent déjà. De cet observatoire, ils règlent le tir de batteries à longue portée qui coupent journellement, à Aubréville, la voie ferrée de Sainte-Ménéhould à Verdun, la seule qui desserve encore cette place forte. Aussi, est-il à présumer que, pour consolider leurs positions, ils vont chercher à s’emparer, par la suite, des tranchées françaises établies sur la croupe même et peut-être de la cote 285 devant laquelle se sont brisés leurs assauts.      

La défense de la cote 263 est assurée par la 9ème Division d’Infanterie du 5ème Corps d’Armée, auprès de laquelle la compagnie 5/4 du 1er régiment du Génie, « compagnie de corps », est détachée sous mon commandement. Elle repose principalement jusqu’au 13 juillet sur la guerre de mines, entrecoupées par une série d’attaques d’infanterie: attaque allemande du 16 février qui nous fait perdre un petit élément de tranchée ; attaque française des 17 et 18 février, 28 février et 1er mars, 14 et 15 mars, 4, 5 et 6 avril, toutes vouées à l’insuccès et marquées par des pertes très importantes.      

Nous avons en face de nous des unités du XVIème Corps d’Armée qui, avant la guerre, tenait garnison à Metz, place où se forment traditionnellement les mineurs. Celui-ci est commandé par le général Von Mudra, issu du Corps des pionniers (correspondant en l’espèce à nos sapeurs mineurs). Cette présence indique nettement que les Allemands projettent de s’emparer des hauteurs de l’Argonne orientale par les procédés de la guerre de siège. C’est pourquoi je suis résolu à prendre les devants.      

Notre première ligne, de 1500 mètres environ de contour, est implantée en travers de la croupe d’est en ouest sur une longueur de 400 mètres, un peu en arrière d’un petit col. Cette partie centrale se prolonge en retour d’équerre par deux branches inégales surplombant, celle de l’est, sur 100 mètres environ, le ravin de Cheppe, celle de l’ouest, sur à peu près 400 mètres, le ravin d’Osson. La première de ces branches est flanquée, sur sa droite, par une ligne de tranchées barrant le ravin, la seconde se raccorde d’une façon continue aux défenses situées au nord de la cote 285, jusqu’à la Haute Chevauchée. Notre ligne est enveloppée au nord et à l’ouest par la ligne allemande qui présente près de l’extrémité nord-est de la nôtre, à vingt mètres environ de notre première tranchée, un saillant d’une quarantaine de mètres de longueur, flanqué de deux petits postes dont les mitrailleuses prennent d’enfilade le devant de notre ligne      

NOTRE ATTAQUE SURPRISE (du 5 au 13 Février 1915) 

Pour engager le combat, je me propose de faire sauter cet ensemble et, à cet effet, je dirige contre lui trois sapes russes (n°1,2,3) (galeries peu profondes qui, n’étant pas boisées, peuvent progresser relativement vite dans un sol résistant) de 0,80m x 1,20m (le premier nombre indique la largeur, le second la hauteur), la dernière comportant deux branches en forme d’Y.      

J’atteins pleinement mon but, en faisant exploser, les 5, 11 et 13 février, quatre fourneaux de mine, chargés chacun de 75kg de cheddite sous une ligne de moindre résistance (distance du centre de gravité de la charge au sol), de 3 mètres ou de 3m50. La surprise paraît avoir été complète chez les Allemands qui n’ont pas réagi.      

ECHEC DE L’ATTAQUE ALLEMANDE TENTEE PAR LES PROCEDES DE LA GUERRE DE SIEGE (10 janvier au 21 mai 1915) 

Pendant ce temps, les pionniers préparent méthodiquement le siège de notre position. J’en ai la révélation dès le milieu de janvier, en voyant apparaître sur notre flanc ouest, dissimulées sous les fougères et les branches cassées, trois têtes de sape à ciel ouvert (communication qu’on creuse en l’attaquant par son extrémité), s’avançant vers nous, en partant de leur tranchée située en bas de la pente du ravin d’Osson, à une distance de 70 à 80 mètres de la nôtre.      

Suivant les méthodes en usage dans la guerre de siège, ils ont, sans aucun doute, l’intention d’établir à proximité de notre ligne une tranchée, dite « parallèle de départ », d’où ils lanceront contre elle des galeries de mines destinées à y produire, au moment voulu, une large brèche par laquelle s’engouffreraient leurs troupes d’assaut. Ils ont choisi pour cela un endroit où la pente du ravin est douce, dans la partie la plus étranglée de notre position qu’ils se proposent, vraisemblablement, d’envelopper.      

Pour y parer, je décide de diriger contre ces têtes de sape, quatre galeries boisées de 0,80 x 1,20m (B1, B2, B3, B4) qui déboucheront du fond du puits de 0,80 x 0,80m de dimensions horizontales, de 1,50m de profondeur et qui se termineront par des rameaux de combat, type hollandais de 0,80 x 0,80m ( le rameau de combat réglementaire, de 0,65 x 0,80m est vraiment trop étroit. Aussi je l’ai remplacé, autant que possible, par le rameau hollandais plus large), aux extrémités desquels on creusera les chambres de mine.      

La première rencontre a lieu le 10 mars, par l’explosion d’un camouflet allemand (fourneau qui ne produit pas d’entonnoir, c’est à dire d’excavation à la surface du sol) dirigé contre la galerie B1 qui atteint à ce moment 27 mètres de longueur. Elle est endommagée sur 15 mètres environ, mais aucun de nos mineurs n’a été touché      

Le 12, les pionniers sont tellement près de la galerie B2, longue de 25 mètres, qu’on les entend parler. J’y fais charger sous 3 mètres de ligne de moindre résistance (l.m.r.), un fourneau de 90 kg de cheddite qui explosera seulement le 14, pour appuyer l’attaque de notre infanterie déclanchée sur notre droite. Il se forme un entonnoir de 8 mètres de diamètre dont nos fantassins occupent la lèvre (bord de l’entonnoir, en saillie sur le sol), après l’avoir atteinte, prudemment, pied à pied, en sape. Les travaux ayant repris dans la galerie B2 qui avait besoin d’être réparée après notre explosion, ils sont interrompus, le 22, pendant plusieurs heures, à la suite d’un jet de bombes ennemies dont les gaz l’ont envahie.      

Le 25, les Allemands font jouer contre B4 un camouflet qui ne trouble aucunement y notre travail.      

Dans la nuit du 31 mars au 1er avril, ils sont au contact de notre galerie B1 qui a été remise en état après leur camouflet du 10 mars. Nous dirigeons contre eux une charge de cheddite de 300 kg, au moment où ils se hâtent d’achever leur chambre de mine. Elle détruit une partie de leur parallèle de départ, un petit poste et un abris couvert en rondins.      

Le 13 avril, ils font exploser contre B3 et B4 un gros camouflet qui ne produit pas de dégâts de notre côté.      

Dans la nuit du 14 au 15, on entend de l’extrémité de B3, les opérations de chargement d’un fourneau. On prépare immédiatement, sous 5 mètres l.m.r., une contremine de 175 kg de cheddite à laquelle on met le feu le 15 au matin. Elle provoque un énorme entonnoir, très allongé qui mord largement sur leur parallèle de départ et détruit un petit poste dont deux occupants sont projetés en l’air. Les dégâts matériels étant disproportionnés à la charge adoptée, il est certain que notre explosion a provoqué celle du fourneau ennemi. Il a dû en résulter de nombreuses victimes parmi les pionniers car, pour un tel chargement, on emploie généralement, dans la galerie une équipe de dix à douze hommes.      

Une accalmie relative se produit jusqu’au 24 à midi. A ce moment, les Allemands se livrent à un bombardement intense et prolongé avec des minenwerfer lourds (canons de tranchée lançant des bombes de 50 à 100 kg) sur les entrées des galeries B, à l’issue duquel tout le terrain paraît nivelé. Mais ces entrées avaient été solidement blindées ainsi que les tranchées d’où elles débouchent, de sorte que, tout en étant fortement ébranlées, elles ne sont pas détruites. Dès la fin du bombardement, nous commençons leur remise en état.      

Je demande que des tirs de représailles soient effectués sur certaines parties des lignes allemandes que je désigne. mais comme nous ne disposons pas d’engins de tranchées suffisamment puissants, ils se réduisent à un bombardement qui est lion d’avoir la même efficacité, en raison de difficultés de réglage du tir qui résulte du rapprochement des tranchées adverses.      

Le 25, grosses explosion allemande en face des galeries B qui ne produit aucun effet sur elles. C’est le dernier fourneau ennemi dans cette région.      

Dès le 28 avril, B4 est rétablie, les trois autres galeries le sont le 3 mai.      

Le 13, nous faisons exploser en B4 qui atteint 28 mètres de longueur, un fourneau de 400 kg de cheddite sous 6 mètres de l.m.r. ; il détruit 20 mètres environ de la parallèle de départ en ensevelissant ses occupants.      

Le 21, des coups de pics ayant été perçus très près de la tête de B1, nous y produisons une explosion de 330 kg de cheddite sous 7 mètres de l.m.r. qui achève la destruction des galeries de mines et de la parallèle de départ allemandes.      

Ainsi est réduite à néant la tentative faite par Von Mudra de s’emparer de la cote 263 par une attaque enveloppante s’appuyant sur des explosions de mines. Nous avons obtenu ce résultat après quatre mois d’efforts soutenus de jour et de nuit, sans avoir subi dans ce secteur, du fait de la guerre souterraine, aucune perte humaine.      

DEROULEMENT DE LA GUERRE DE MINES APRES NOTRE ATTAQUE SURPRISE DE FEVRIER.  

Après nos quatre explosions de février, la guerre de mines a gagné toute l’étendue du front, en englobant la manoeuvre manquée de Von Mudra que nous venons de décrire et elle s’est poursuivie jusqu’au 13 juillet, date à laquelle le déclenchement d’une puissante attaque allemande y a mis fin. Elle a été particulièrement violente autour du « saillant 263 » (galeries du groupe C) dont les pionniers ont cherché à s’emparer avec une opiniâtreté qui n’a pas été couronnée de succès.      

Le récit de toutes opérations dont nos galeries de mines, autres que celles du groupe B, ont été l’objet, déborderait le cadre du présent article. Mais, pour en faire ressortir le caractère particulier, j’en citerai quelques exemples typiques.      

Le 11 mars, par une explosion produite à 17h30, en tête de la galerie C1, en terrain rocheux, nous détruisons un petit poste allemand. Dans la nuit du 21 au 22, un sapeur qui travaillait au déblaiement de cette galerie pour la remettre en état, avait ordre, en raison de la proximité de l’ennemi, de la dégager avec précaution, à la main et à la pince de mineur, des pierres qui l’encombraient. Vers 5 heures, s’apercevant qu’il va déboucher dans une galerie partant du petit poste qui avait été rétabli après notre explosion du 11, il remet doucement en place les derniers blocs enlevés      

Prévenu, je me rends aussitôt en tête de C1 ; je distingue nettement la présence d’Allemands à travers les interstices des pierres et j’entends un bruit de conversation. Je donne l’ordre d’obstruer la paroi avec deux rangs de grosses pierres, de plaquer contre le mur ainsi obtenu un masque en bois (plateau épais de madriers qui sert à maintenir le bourrage à ses extrémités) et, derrière celui-ci, une charge de 50 kg de cheddite, épaulée par un bourrage en sacs à terre, terminé par un second masque, soigneusement étayé. Le travail étant terminé à 14 heures, le feu est mis à 14h20, après entente avec le colonel commandant le 131ème Régiment d’Infanterie qui occupe le secteur. Des quatre boucliers du petit poste, visibles avant l’explosion, un seul, dont on aperçoit plus que la partie supérieure, est encore debout.      

Le 23, les Allemands que l’on entendait depuis plusieurs jours en avant de la galerie C0 et que l’on jugeait trop éloignés pour qu’il y ait lieu de s’en préoccuper, provoquent à 14 heures une explosion qui ne produit aucun effet sur notre galerie et ses mineurs. Immédiatement après j’y fait charger un fourneau de 150 kg de cheddite qui saute le lendemain matin au-dessous du petit poste qu’ils viennent d’établir sur la lèvre de leur entonnoir de la veille.      

Ce même jour ils font partir un camouflet contre la galerie C7 qui n’est pas touchée.      

Le 27 à 8h45, ils font exploser une mine contre la galerie C3 ; celle-ci reste intacte et les hommes de tête ne sont pas atteints, mais leur travail doit être interrompu pendant plusieurs heures pour permettre l’évacuation des gaz. Alors se renouvelle notre riposte du 24 contre C0: nous faisons sauter, le 30 à 15h30, leur petit poste établi sur la lèvre de leur entonnoir.      

Même jeu sur la galerie C5, visée par un fourneau allemand qui explose le 29 à 9h15. Le choc, qui vient d’en haut, provoque un léger éboulement du ciel (plafond de la galerie), sur une longueur de 3 mètres environ. Un auxiliaire d’infanterie qui travaille en tête est légèrement blessé. Nous le déblayons dès le soir même. Comme les Allemands ont occupé l’entonnoir qu’ils viennent de produire, juste au-dessus de l’extrémité de notre galerie, nous y chargeons le lendemain un fourneau de 120 kg de cheddite qui explose le matin du 31 mars, alors que leurs créneaux sont occupés et que leurs mineurs sont au travail.      

Le petit poste, ainsi que l’amorce d’une sape qui en partait sont détruits, et l’un de leurs occupants est projeté à grande hauteur. En même temps, toute la pointe du saillant est débarrassée d’ouvrages qui devaient être très importants car on peu voir un grand nombre de rondins émerger au milieu d’un enchevêtrement d’arbres abattus et de racines.      

Il faut croire que l’effet de ce fourneau a été considérable car, après l’explosion, les occupants de la tranchée voisine nous envoient, en français, une bordée d’injures: « Bandits, bande de brutes, assassins, c’est pas des choses à faire ! ».      

Les Allemands ne réussissent pas non plus dans l’explosion qu’ils dirigent le 29 mars contre la galerie C6 qui n’est pas touchée, mais ils ne commettent pas cette fois l’imprudence d’occuper leur entonnoir.      

Le 2 mai, ils font éclater une mine à droite de P2 qui subit un léger éboulement en tête, sans qu’il y ait de victime. A ce moment, cette galerie est arrivée juste au-dessous d’un petit poste ennemi et nous attendons le moment propice pour la faire sauter. Jusqu’au 11, aucun bruit souterrain, mais ce jour-là et le lendemain, nous entendons les Allemands travailler légèrement à notre gauche. Le 12 à midi, nous estimons qu’ils sont arrivés à 7 mètres environ de notre tranchée qui se trouve ainsi sérieusement menacée. Aussi, je donne l’ordre de charger un fourneau de 180 kg de cheddite, charge maximale, calculée pour ne pas l’endommager.      

Dans la matinée du 13, après que le fourneau ait été amorcé, j’alerte fantassins et sapeurs, en les prévenant qu’ils vont assister à un beau feu d’artifice et fais évacuer une portion de tranchée de part et d’autre de l’entrée de la galerie.      

Tous les créneaux allemands sont occupés et les pionniers au travail dans leur galerie, lorsqu’à 11h15 je donne l’ordre de mise de feu. Une grosse gerbe de terre et de flammes se produit au milieu de laquelle on distingue le corps d’un soldat projeté verticalement, bien au-dessus d’elle. En retombant, il reste suspendu par un pied à la fourche d’un chêne déchiqueté et s’y balance comme à un gibet. Deux Allemands se précipitent vers l’arbre pour l’abattre à la scie. Les ayant aperçus au périscope, l’interdis de tirer sur ces hommes courageux. Ils peuvent ainsi accomplir leur pieuse besogne en quelques minutes et emporter le corps de leur camarade sans être inquiétés. Deux autres cadavres gisent sur le sol.      

QUELQUES VUES D’ENSEMBLE  

Pendant cette lutte qui a duré six mois, une centaine d’explosions ont été échangées – 56 françaises ayant consommé 10.000 kg de cheddite et 45 allemandes – Avec le temps, les charges et les profondeurs des fourneaux ont progressivement augmenté, de sorte qu’en juin et juillet il s’en produit de 500 à 600 kg, jouant sous 10 à 12 mètres de ligne de moindre résistance.      

Dès l’ouverture des hostilités souterraines, nous avons pris l’ascendant sur les pionniers et notre supériorité n’a pas cessé de s’affirmer jusqu’à la fin. C’est la raison pour laquelle nos pertes, du fait de la guerre de mines seule, se sont soldées en tout et pour tout par 6 tués et 2 blessés. Il n’en est pas de même chez nos ennemis, à en juger par les coups durs dont nous avons pu observer les effets.      

Par contre, beaucoup de nos sapeurs ont été intoxiqués, plus ou moins fortement, par les gaz envahissant les galeries. Mais le nombre des évacués parmi eux a été limité car l’aide-major Albert BROUSSEAU, attaché à la compagnie, avait constitué à proximité du front, au Neufour, une infirmerie de campagne où les intoxiqués légers étaient soignés et grâce à laquelle nos effectifs ont pu constamment être maintenus à un niveau suffisant.      

J’attribue une bonne part de notre succès à la déficience du service des écoutes des pionniers qui nous a généralement situés beaucoup plus près de leurs têtes de galeries que nous ne l’étions réellement. L’admirable esprit de sacrifice de nos officiers, particulièrement les lieutenants et sous-lieutenants POUILLE, REVIRON et REGAUD, de nos sous-officiers et de nos sapeurs qui n’ont ménagé ni leur vie ni leur peine, nous a permis d’exploiter à fond cette déficience en donnant à notre propre système d’écoutes toute l’efficacité dont il était capable.      

Un autre élément favorable a été pour nous, le concours de l’Infanterie qui a mis journellement à ma disposition pour le service des galeries de mines et l’exécution des travaux de fortification de campagne, un effectif de travailleurs auxiliaires double ou triple de celui des sapeurs. A l’instigation du colonel FERRU, commandant la 17ème Brigade, leurs chefs avaient compris, qu’en m’apportant leur concours, ils contribuaient à défendre leur propre existence. Ils en ont été récompensés car leur ligne a été maintenue intégralement, sans qu’ils n’aient jamais connu la hantise de « sauter » par surprise et cela, au prix modique de 2 auxiliaires tués, 1 auxiliaire blessé et 2 guetteurs tués par la retombée d’une explosion.      

Nos opérations de mines ont été fréquemment troublées ou interrompues par les attaques d’infanterie que j’ai déjà mentionnées. Pour appuyer chacune des nôtres, je constituais des groupes de combat, chargés de missions techniques, accompagnant les troupes d’assaut. Il en résultait une désorganisation de notre défense souterraine et des pertes importantes qui affaiblissaient nos effectifs déjà fortement réduits par la maladie. Mais nos grosses pertes proviennent surtout des attaques allemandes des 8-10 janvier et 13-20 juillet. de l’une à l’autre incluse, nous avons eu, en tout, 2 sous-lieutenant, 1 adjudant, 11 sergents, 4 caporaux, 73 maîtres-ouvriers et sapeurs tués ou disparus, 5 sergents, 3 caporaux, 20 maîtres-ouvriers et sapeurs blessés.      

Les quelques victimes de la guerre de mines que nous avons dénombrées ci-dessus comptent pour bien peu dans ce total.        

L’ATTAQUE ALLEMANDE DES 13-20 JUILLET  

Le Général Von Mudra, devançant une offensive que le général Sarrail, commandant la IIIème Armée, avait préparée pour le 14, déclenche le 13, sur tout le front de l’Argonne orientale, une attaque comportant l’emploi de gaz toxiques, plus puissante encore que celle de janvier. Ses objectifs sont: la cote 263, la cote 285 et la crête de la Fille-Morte qui fait suite à cette dernière vers l’ouest.      

Ses troupes s’emparent le premier jour de nos ouvrages de la cote 263, à l’exception du « réduit » que les Allemands appellent la « poche du chasseur ». Tourné vers le sud, le 14, soumis les 15 et 17 à de furieux assauts, cet ouvrage n’est pris que le 20, à la suite d’un bombardement de deux heures, effectué par de nombreux minenwerfer lourds. Son héroïque défense par un bataillon du 4ème Régiment d’Infanterie, puis, par un autre du 82ème qui l’avait relevé, a beaucoup étonné les Allemands au point que le Kronprinz, commandant la Vème Armée, vint se faire expliquer, sur place, les détails du combat. Ce réduit faisait partie des défenses que j’avais organisées sur la croupe, à l’arrière de notre première ligne. Implanté en grande partie à contre-pente, il échappait aux vues directes de l’ennemi qui semble en avoir ignoré l’existence. Complètement entouré de tranchées protégées par des défenses accessoires, il comprenait de nombreux abris, soit entièrement souterrains, soit enterrés avec recouvrement de dalles en béton armé. Sa face sud-est dominait le ravin de Cheppe que nos troupes occupaient et d’où elles pouvaient, éventuellement, lancer des contre-attaques.      

La reconnaissance faite, le 19, par le sous-lieutenant REVIRON, de la compagnie 5/4, avec croquis à l’appui, montre que les Français occupent encore, ce jour-là, tout le réduit sauf une partie de son front sud où les Allemands ont pris pied. Ceux-ci ont raccordé l’extrémité est de la portion de tranchée conquise au boyau français dit de « grande communication », dirigé sud-ouest – nord-est, qu’ils ont organisé défensivement. Sur toutes les autres faces du réduit, les tranchées adverses sont restées telles qu’elles étaient avant l’attaque du 13 juillet.      

Cette situation indique nettement que les Allemands ont conduit cette dernière de façon à envelopper nos positions de la cote 263, en exécutant, à partir du ravin d’Osson, la manoeuvre qu’ils avaient entreprise, dès le milieu de janvier, par les procédés de la guerre de siège et que la compagnie 5/4 a fait échouer, en la bloquant au moyen des galeries du groupe B. Par suite, l’implantation du réduit qui avait été conçue pour parer à la première attaque, convenait parfaitement à la parade de la seconde.      

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DEFENSE DE LA COTE 285 ET DE LA FILLE MORTE – Septembre 1915 à septembre 1916  

       

Lors de son attaque des 13-20 juillet 1915, par laquelle il s’était rendu maître de toute la cote 263, le XVIème Corps d’Armée Allemand n’avait pas atteint tous ses objectifs.      

Aussi, le 27 septembre reprend-t-il ses opérations offensives, en lançant deux groupes d’attaque: le premier, à travers la croupe de Bolante, progresse sans grande difficulté jusqu’à la crête de la Fille-Morte ; le second, dirigé sur la cote 285, se heurte à des positions solidement défendues par le 4ème Régiment d’Infanterie. Il gagne peu de terrain, suffisamment cependant pour prendre pied sur une grande partie de l’arête qui descend vers la Haute-Chevauchée, ce qui lui donne des vues sur nos arrières. mais il est arrêté à quelques dizaines de mètres au nord du sommet qu’il n’a pas pu conquérir.      

Une reprise de l’attaque au cours de la nuit suivante et de la journée du 28, n’obtient aucun succès. ce sera la dernière attaque d’infanterie, de sorte que toute l’activité du secteur va désormais se concentrer sur la guerre de mines.      

A la cote 263, celle-ci avait été conduite avec des moyens primitifs: éclairage à al bougie et à la « lampe tempête », attaque du terrain au pic de mineur, ventilation, remontée des déblais, pompages, mouvements de matériel et de matériaux, effectués à bras.      

Après avoir expérimenté, au cours du deuxième trimestre, des engins électriques et pneumatiques, nous avons reçu un certain nombre de ceux dont nous avions choisi les modèles, de sorte qu’en commençant les travaux de la cote 285, nous étions dotés de groupes électrogènes et de compresseurs d’air suffisamment puissants pour éclairer toutes nos galeries à l’électricité, actionner pompes, ventilateurs et treuils, marteaux piqueurs et perforateurs.      

Les Allemands nous avaient devancés dans cette voie de la mécanisation, car dès le moi de mai, nous relevions le nombre impressionnant de pétardements (petites explosions faites sur le front d’attaque des galeries, en y plaçant dans des trous pratiqués à la tarière électrique, ou à la main, ou bien au marteau perforateur) qu’ils effectuaient de jour et de nuit, près de la Haute-Chevauchée accusant leur intense activité.      

PERIODE DU 1er OCTOBRE AU 31 DECEMBRE 1915  

J’avais été détaché, du 1er au 30 septembre, à l’état-major du Génie de la Vème Armée, mais je m’étais efforcé de conserver le contact avec la 9ème Division, en effectuant quelques visites au front.      

A mon retour, le 1er octobre, le commandant PARISON me confie officieusement la direction de la guerre de mines du secteur de la Division qui occupe la cote 285 et la Fille-Morte.      

A cet effet, il met à ma disposition, en outre de la compagnie 5/4, la compagnie 5/52 qui vient d’être créée en dédoublement de la compagnie 5/2 et la compagnie 14/14, affectée à la Fille-Morte.      

Je réserve à la compagnie 5/4 la défense du sommet de la cote 285 où je m’attends à subir le principal effort ennemi et dispose à sa droite la compagnie 5/52, sur un front actif de longueur réduite. Sur sa gauche, la compagnie 5/4 s’étend jusqu’au delà de la Haute-Chevauchée où elle rejoint la compagnie 14/14.      

L’occupation par les Allemands de la plus grande partie de l’arête ouest de la cote 285 étant des plus gênantes pour l’organisation et la défense de nos positions, je me propose, comme premier objectif, d’y mettre fin. A cet effet, j’envisage de faire exploser au delà de cette arête une série de fourneaux espacés d’une vingtaine de mètres et surchargés (fourneaux ayant reçu une charge assez forte pour produire des entonnoirs d’un diamètre au moins deux fois plus grand que leur l.m.r.), de façon à constituer un vaste fossé d’entonnoirs de 200 mètres de longueur, dont nos troupes occuperaient la lèvre sud, dominant la lèvre nord, en raison de la pente du terrain.      

Etant donné la position purement défensive adoptée désormais par le Corps d’Armée, ce fossé permettrait de constituer une défense efficace de nos lignes contre une éventuelle agression ennemie.      

Cette opération présentait à mes yeux un autre avantage, également capital: elle obligerait les pionniers à reculer les entrées de leurs galeries les plus avancées, ce qui aurait pour effet de porter au delà de l’arête, les explosions de la plupart des mines futures, de sorte que les masses énormes de terre projetées retomberaient, en majeure partie, sur les tranchées allemandes, en y occasionnant des dégâts matériels et pertes humaines.      

Je réalise ce projet en effectuant du 15 octobre au 29 décembre une douzaine d’explosions à l’extrémité de galeries comprises entre D24 (près de la Haute-Chevauchée) et A7bis (au nord-ouest de la cote 285), partant du fond de puits de 10 mètres de profondeur environ. leurs fourneaux dont les charges varient de 900 à 2000 kg jouent sous des l.m.r. de 12 à 20 mètres.      

Pendant cette période, des explosions ont été échangées à l’est du sommet de la cote 285, sans qu’elles aient apporté de modifications dans les lignes adverses.      

Sur la crête de la Fille-Morte les positions françaises et allemandes sont situées sensiblement au même niveau, sauf à l’extrémité ouest où les Allemands occupent le sommet dit « 09 » dont, en 1915, il n’est pas question de chercher à s’emparer. Aussi la lutte qui a simplement pour objet, de part et d’autre, le maintien de la situation, ne revêt-elle pas le même caractère d’intensité qu’à la cote 285, à l’exception des abords immédiats de la Haute-Chevauchée. Là nous faisons jouer, le 10 novembre, en D26, un fourneau de 3500 kg de cheddite sous 20 mètres de l.m.r., qui a pour effet de détruire plusieurs galeries allemandes et un saillant dangereux pour notre défense.      

En résumé, l’année 1915 s’achève pour les sapeurs sur un beau succès dont bénéficie la Division toute entière. Trois mois auparavant, les Allemands occupaient sur l’arête ouest de la cote 285, une position qui leur donnait des vues sur toute notre organisation. Maintenant, les situations sont inversées. Nos troupes se sont installées, comme prévu, sur la lèvre sud de la ligne d’entonnoirs, dominant la lèvre nord, sur laquelle des Allemands ont été refoulés. De plus, un large et profond fossé qu’elles pourront garnir de défenses accessoires les met à l’abri des coups de mains.      

Les pionniers, sans doute surpris par la rapidité de notre manoeuvre, ont réagi d’une façon désordonnée en endommageant à plusieurs reprises leurs propres ouvrages, alors qu’ils ne nous ont causé que peu de dégâts matériels et seulement la perte de 1 caporal et 5 sapeurs tués par des explosions de mines.      

Ce succès, obtenu à peu de frais, est à mettre en regard des nombreuses opérations d’infanterie, entreprises par la 9ème Division au cours du 1er semestre de l’année. Conduites sans répondre à un but tactique intéressant, elles ont toutes échoué avec des pertes se chiffrant par plusieurs centaines de tués et de blessés.      

ADOPTION D’UN NOUVEAU SYSTEME DE GALERIES

Depuis le mois d’octobre, la question qui me préoccupe par dessus tout est l’organisation de la défense souterraine, à échéance lointaine, de la cote 285.      

Selon les procédés classiques de la guerre de siège, je dois m’attendre à ce que les Allemands dirigent contre elle une ou plusieurs attaques très profondes, partant d’une distance plus ou moins grande en arrière de leur première ligne. Pour y parer, j’envisage d’établir le plus en avant possible du sommet, un barrage souterrain à une profondeur de 30 à 35 mètres, ou plus, suivant les circonstances.      

Or, le système de mines existant ne nous donne pas la possibilité d’atteindre cet objectif. Débouchant de puits implantés dans la première ligne, il est, en effet, très vulnérable et incommode et ne permet pas de descendre, avec de multiples sujétions, du reste, à beaucoup plus de 20 mètres.      

C’est pourquoi j’envisage la construction d’un nouveau réseau constitué par des « demi-galeries » disposées en éventail de part et d’autre du sommet, distantes de 25 mètres environ les unes des autres. Leurs entrées seront situées à une vingtaine de mètres, au moins, de la première ligne, ce qui les mettra à l’abri des effets des explosions et elles prolongeront, directement dans le terrain, avec une forte pente voisine de 45°. d’une section de 1 x 1,50 m elles seront suffisamment spacieuses pour recevoir une voie de 0,40 m, destinée à l’évacuation des déblais ainsi qu’au transport des matériaux et des explosifs. leur ensemble sera protégé par l’ancien réseau des galeries, placées au-dessus d’elles à différents niveaux.L’exécution de ce projet, qui a fait l’objet d’un plan en date du 28 décembre 1915, sera entreprise dès les premiers jours de janvier 1916.     

Des dispositions analogies sont envisagées pour la Fille-Morte, mais avec un réseau beaucoup plus lâche de galeries profondes, lancées seulement aux endroits qui nous paraissent les plus vulnérables.           

PERIODE DU 1er JANVIER AU 8 SEPTEMBRE 1916       

Le 5 janvier, la compagnie 5/4 est envoyée au repos pendant deux semaines à Passavant et je suis désigné pour partir avec elle. Elle est remplacée par la compagnie 14/14 qui, elle-même, fait face, à la Fille-Morte, à la compagnie 5/2. Elle revient en ligne, le 20 janvier, en reprenant près des deux tiers de son ancien secteur (partie Est), le reste étant laissé à la compagnie 14/14 qui se resserre sur sa gauche.        

Jusque là, mes fonctions dans la conduite de la guerre de mines, dont j’avais la charge officieuse, n’avaient pas été nettement définies. Par ordre du 19 janvier, le général ARLABOSSE commandant la Division, met fin à cette situation ambigüe, en me confiant officiellement la direction à titre d’adjoint au chef de bataillon du Génie, ce que le général HALLOUIN, commandant le 5ème Corps, confirmera un peu plus tard en m’attribuant une autonomie presque complète.      

La compagnie 5/2 passe de ce fait sous mon commandement qui comporte désormais quatre compagnies, les compagnies 5/4, 5/52, 14/14, et 5/2.      

Ainsi, j’affecte trois compagnies sur quatre à la défense du sous-secteur « cote 285, Haute Chevauchée », sur un front actif de 600 mètres environ, alors que la compagnie 5/2 occupe à elle seule toute la crête de la Fille-Morte sur un front sensiblement plus étendu. C’est que j’estime que la poussée des Allemands va se faire de plus en plus pressante sur le premier sous-secteur, alors qu’ils me paraissent n’avoir aucune raison de progresser sur le second.      

Il n’y a maintenant plus possibilité de manoeuvrer autrement qu’en profondeur. Aussi, entre les pionniers et nous, s’engage une coure de vitesse pour gagner le dessous du terrain. Je sens leur résistance se raidir de jour en jour, ce que confirme le nombre de leurs pétardements qui se multiplient d’une inquiétante façon. D’autre part, dotés d’une quantité impressionnante de minenwerfer, qui possèdent sur nos engins de tranchée une énorme supériorité de puissance, ils nous accablent journellement, particulièrement dans le sous-secteur « cote 285-Haute Chevauchée », par leurs bombardements qui nous causent des pertes, bouleversent nos installations, gênent le service, coupent nos câbles électriques et nos canalisations d’air comprimé et, par suite, perturbent notre ventilation en augmentant le nombre des intoxiqués et en provoquant l’envahissement par les eaux de certaines de nos galeries. Il en résulte que nos effectifs fondent à vue d’oeil et que nos avancements souterrains sont dangereusement ralentis. Aussi, dès le 2 mars, j’adresse à l’autorité supérieure un rapport en vue d’obtenir le renfort d’une compagnie et du matériel supplémentaire. Après avoir, à plusieurs reprises renouvelé ma demande je reçois, enfin, satisfaction en ce qui concerne le personnel, par l’arrivée, le 20 juin, de la compagnie 15/13.      

Il ne peut pas être question de lui attribuer, pour l’instant, un secteur propre, en raison de son inexpérience de la guerre souterraine et de la violence de la lutte. C’est pourquoi j’affecte un de ses pelotons à la compagnie 14/14, l’autre à la compagnie 5/      

En même temps, m’arrivent les deux premières sections de la compagnie/ qui s’est illustrée aux Eparges sous les ordres du capitaine GUNTER. Celui-ci ne tarde pas à les rejoindre avec les deux autres sections. Sa compagnie a pour mission spéciale d’entreprendre l’attaque de la hauteur 09, dont, selon les prescriptions du Commandement supérieur, j’ai préparé le projet.      

Je dispose donc, maintenant, de six compagnies.      

La lutte se poursuit à des profondeurs croissantes, avec des charges de plus en plus fortes, ce qui n’empêche pas l’emploi de camouflets, faiblement chargés, jouant à faible profondeur, tel celui du 24 août, de 150 kg, sous 8 mètres de l.m.r. car il est nécessaire de surveiller le terrain à toute hauteur.

Vers la fin août, nous apprenons que nous allons être relevés, en même temps que le 5ème Corps et, dans les premiers jours de septembre, nous passons méthodiquement le service à nos successeurs qui prennent définitivement notre place le 8. Les compagnies 16/51 et 16/4 ont relevé respectivement les compagnies 5/52 et 5/4 ; les compagnies 14/14 et 15/13 sont maintenues en place, la compagnie 16/1 remplace la compagnie 5/2 sur la Fille-Morte et la compagnie 14/15 poursuit l’attaque de 09.      

DEFENSE DE LA PARTIE LA PLUS VIOLEMMENT ATTAQUEE DE L’ARETE DE 285

Il ne m’a pas été possible de présenter en quelques pages le résumé des opérations qui se sont déroulées sur tout le front depuis le 1er janvier 1916, mais pour montrer leur caractère spécifique, j’expose ci-après comment nous avons défendu la partie la plus violemment attaquée de notre ligne et qui se situe sur l’arête ouest de la cote 285, non loin du sommet, entre les galeries D20 et A15.      

Pendant que la compagnie 5/4 était au repos à Passavant, les pionniers réussissaient, le 12 janvier, par un coup de surprise, à produire une double explosion qui avait donné lieu à un énorme entonnoir elliptique de 50 x 30 m, détruit les galeries D21, D7 et A1ter et comblé l’entrée de A7bis ainsi que la portion de tranchée correspondante à ces galeries.      

A mon retour, le 20, mon premier soin est de rechercher, en vue de les détruire, les galeries allemandes qu’on savait encadrer la brèche. J’y parviens au moyen de deux explosions. L’une a lieu le 25, à l’extrémité de A15, avec une charge de 2500 kg sous 14,50 m. Cette double explosion provoque un entonnoir elliptique de 35 mètres de longueur qui détruit, en outre des galeries visées, une trentaine de mètres de tranchée ennemie. Un groupe « important » de soldats allemands se dirigeant vers l’entonnoir est fauché par une mitrailleuse du 82ème Régiment d’Infanterie. Les pétardements, qui s’étaient multipliés du 20 au 26 ne se reproduisent plus.      

Simultanément, je me préoccupe de remplacer nos galeries détruites par des galeries du nouveau système arrière. A cet effet, je fais foncer rapidement la galerie 02 qui me paraît être la plus urgente, puis trois semaines après, ouvrir la galerie 013 et un mois et demi plus tard, la galerie 018. Rappelons que, du type demi-galerie, elles sont fortement inclinées – à 45° environ – pour gagner au plus vite de la profondeur.      

Le 2 mai, les galeries 02 et 013 ont atteint, en plan, l’aplomb du grand axe est-ouest de l’entonnoir du 12 janvier, à une profondeur de 35 mètres pour la première et de 28 mètres pour la seconde. Une galerie allemande s’avançant à mi-distance des têtes de ces deux galeries avait été repérée depuis quelques jours sensiblement au même niveau que celle de 02, mais nous l’avions jugé trop éloignée pour qu’il soit indiqué de l’arrêter par une mine. Or, ce jour-là, les pionniers y font exploser un gros camouflet maximum (camouflet qui disloque tout le terrain compris entre la charge et le sol) dont nous estimons la charge à 10 tonnes environ. Il comble à peu près l’entonnoir du 12 janvier dont il remonte le fond, détruit ou endommage gravement toutes les galeries, tant allemandes que françaises se trouvant comprises à l’intérieur d’une calotte sphérique de 35 mètres de rayon, autour du centre de gravité de la charge ce qui les réduit toutes à l’impuissance pour une durée de plusieurs semaines. De plus, il nous cause la perte de 9 tués et de 4 blessés. C’est le seul coup dur que nous avons essuyé au cours de nos vingt mois de guerre de mines, car, par suite d’un heureux concours de circonstances, l’explosion du 12 janvier n’avait pas fait de victimes chez nous..      

Les entrées des trois galeries avaient été portées suffisamment en arrière pour n’être pas touchées, de sorte qu’après l’explosion nous n’avons qu’à reprendre nos avancements aux extrémités de leurs parties demeurées intactes, exactement comme les pionniers ont dû le faire de leur côté.      

Le 30 juin, la galerie 02, arrivée à 27,50m de profondeur, est visée par l’explosion d’un gros fourneau allemand qui produit un profond entonnoir occupant la moitié ouest de celui du 12 janvier. Les galeries des deux camps sont, de ce fait, à nouveau annihilées dans un rayon d’au moins 25 mètres autour du centre du fourneau qui vient d’éclater.      

Le 21 juin, on avait, par un camouflet de 1200 kg de dynamité placé en tête de 018 sous 31 mètres de l.m.r., détruit une chambre de mines de grandes dimensions, ce qui avait empêché les Allemands de renouveler, en face des galeries 02 et 013, le doublé qu’ils avaient réussi le 12 janvier.  

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